Premier niveau

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1 août 2014 par Benjamin Pelletier

the harvest

Annoncé en tant que retour en force au grand écran pour John McNaughton après treize ans d’absence, le nouveau film du réalisateur culte américain possédait à mon avis tous les éléments d’un nouveau succès instantané du genre. Première incursion dans le territoire du film d’horreur pour le cinéaste depuis THE BORROWER en 1991, soit cinq ans après le tournage de son chef-d’œuvre macabre HENRY : PORTRAIT OF A SERIAL KILLER, THE HARVEST s’impose à la base comme une œuvre particulièrement attirante, notamment en raison de ses têtes d’affiche. En effet, quoi de mieux comme qualités de distribution que le charisme excentrique et menaçant de Michael Shannon (en action à son apex dans BUG et TAKE SHELTER) en paire avec la grande versatilité de Samantha Morton (MORVERN CALLAR, MINORITY REPORT) pour incarner les personnages d’un couple de parents dérangés et oppressants? Malheureusement, il y a de fortes chances qu’un amateur autant du genre que des comédiens principaux ressorte de la salle avec une sensation de déception, voire même de frustration, après avoir assisté à un exercice de routine aussi inégal et, au final, insignifiant, que THE HARVEST.

C’est d’abord et avant tout un problème de ton qui rend THE HARVEST un film étrangement difficile à cerner. Remanié une énième fois pour l’écran par le scénariste débutant Stephen Lancellotti, le récit classique des « enfants en péril », un des plus vieux mécanismes narratifs du cinéma d’horreur, nous est ici présenté comme sorte de conte de fées sinistre contemporain dans lequel un jeune garçon handicapé et gravement malade (Charlie Tahan) tente de se lier d’amitié avec une nouvelle voisine (Natasha Calis) malgré la désapprobation d’une mère castratrice. La mise en scène de McNaughton aurait très bien pu extraire les plaisirs et frissons d’une telle prémisse en campant le récit dans un univers d’horreur à part entière, endossant le caractère série B et bancal d’un scénario dénué de réelle crédibilité. On se retrouve pourtant avec un film quasi schizophrène dans ses intentions, une œuvre qui vacille bien trop souvent entre l’émotion factice d’un mauvais drame familial et la prétention d’un thriller psychologique pseudo-profond.

McNaughton, visiblement, semble vouloir accorder à ce scénario beaucoup plus d’importance dramatique qu’il en mérite réellement. Les thèmes des peurs de l’enfance et de la négation du contrôle parental nous sont balancés à l’écran sans aucune subtilité implicite. Les dialogues trop écrits, plaqués, rendent tous les enjeux narratifs péniblement postiches. Aucune complexité psychologique sous-jacente n’a la chance de croître chez les personnages puisque pratiquement toutes leurs angoisses sont annoncées verbalement à un moment ou à un autre du film. Rien n’évolue au-delà d’un premier niveau de compréhension directe. Même la révélation « choc » du dénouement, qui, disons-le, aurait pu être anticipée par à peu près n’importe quel spectateur semi-éveillé, nous apparaît comme une grossière évidence.

Shannon et Morton, deux comédiens de haut niveau, n’ont tout simplement pas la chance d’afficher toute l’étendue de leur talent au milieu de ce bataclan cinématographique; chacun tente de faire de son mieux avec ce qui leur est donné. Morton, spécialement, réussit à créer quelques moments de frayeur amusante avec son personnage de mère ultra protectrice complètement disjonctée. Shannon, de son côté, semble absent et désintéressé, mais qui pourrait le blâmer? Les apparitions occasionnelles de Peter Fonda en tant qu’amalgame de tous les clichés de grands-pères du cinéma grand public sont si risibles qu’elles semblent être volontairement parodiques. Les jeunes acteurs Charlie Tahan et Natasha Calis, en revanche, demeurent convaincants tout au long du film et réussissent même à ajouter, lors de quelques moments, un certain niveau de tension que la mise en scène ne réussit tout simplement pas à procurer.

Au final, la seule chose qu’on se demandera après le visionnement de THE HARVEST, c’est comment John McNaughton a pu briser treize ans de silence au cinéma avec un film d’une incompétence aussi stupéfiante. Avait-il seulement besoin de se remettre au travail? A-t-il accepté ce projet en tant que simple commande, ou a-t-il trouvé de belles qualités résonnantes à un scénario qui, à mon humble avis, ne méritait pas qu’on s’y attarde de cette manière? J’aurais aimé apprécier THE HARVEST en tant que film de genre efficace qu’il aurait pu (et dû) être, mais au bout du compte, c’est McNaughton lui-même qui m’a privé de ce plaisir.

3

The Harvest – 2013 – 104 min – États-Unis – John McNaughton

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