Existentialisme mathématique

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30 juillet 2014 par Mario Melidona

zero theorem

Il y a quelque chose de tout à fait étrange dans les films de Terry Gilliam; comme si nous était présenté un monde similaire au nôtre, dans un futur proche qui aurait croulé sous le poids de la technologie. Ce ZERO THEOREM poursuit cette tendance. Les règles de cet univers d’anticipation cauchemardesque dépendent de curieuses constructions codifiées et procédés technologiques. Le tout sous un éclairage néon agressant. Nous y rencontrons Qohen Leth (Christoph Waltz), un homme si éloigné de la société (et de lui-même) qu’il se réfugie chez lui (une église abandonnée) espérant recevoir le coup de fil qui lui révèlera le but de son existence.

Qohen passe ses jours à attendre désespérément cet appel; si bien que lorsqu’il ose s’aventurer au dehors de son logis, il n’est qu’un lépreux asocial. Ironiquement, lorsque son seul ami et superviseur au bureau Joby (David Thewlis) le traine de force dans une fête, les autres convives sont tous obnubilés par leurs téléphones et tablettes, dansant chacun au rythme de leur propre musique. Lorsque Qohen s’interroge sur le sens de la vie, il rencontre l’omniprésent Management (interprété par un acteur qu’il vaut mieux ne pas dévoiler). Tout ce qu’il fait alors c’est naviguer entre les étrangers à la fête, s’étouffer sur une bouchée, unique moment capturé par l’appareil d’un des convives.

Le message de Gilliam sur le sens de la vie est laissé à l’interprétation, mais alors que le film progresse, l’idée devient ultimement finie. La vie n’est qu’une équation mathématique complexe, et Management demande à Qohen de travailler sur un théorème qui s’effondre systématiquement tel un trou noir. Qohen reçoit alors l’aide de l’enfant prodige de Management (joué par Lucas Hedges) et en résulte une belle relation amicale, qui est plus convaincante que le flirt avenant entre Qohen et la séductrice Bainsley (Mélanie Thierry).

Œuvrant à son propre rythme, Qohen a recours à son propre programme thérapeutique informatisé afin de survivre dans ce monde indéfinissable, parfaitement représenté par la toujours délicieuse Tilda Swinton. Qui n’aurait pas besoin de thérapie lorsque les rues sont inondées de publicités visuelles? Le film évoque ainsi le ROBOCOP de Paul Verhoeven, où une société future est aveuglée par son hyperréalisme. Il est donc logique que Qohen ne conçoive le sens de son existence qu’à travers une réalité virtuelle qui illustre ses désirs.

La mise en scène de Gilliam apporte des éléments visuels incroyables et des personnages excentriques, un rythme soutenu qui ne s’arrête que rarement pour expliquer les choses. Gilliam fait confiance au spectateur. Les personnages se lient les uns aux autres naturellement; tout ce qu’ils pensent et ressentent est extériorisé — par exemple, Qohen, éternel angoissé, est dépourvu de toute pilosité, incluant ses sourcils. THE ZERO THEOREM relève du fantastique, sans l’espoir qui caractérise habituellement le genre. C’est plutôt nos pires craintes qui sont portées à l’écran; les raisonnements mathématiques et existentiels convergeant tous vers un résultat ambigu.

7

The Zero Theorem – 2013 – 107 min – États-Unis, Roumanie, Royaume-Uni, France – Terry Gilliam

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