Cœurs numériques

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21 juillet 2014 par Benjamin Pelletier

Dawn

Quelle drôle de franchise la 20th Century Fox a-t-elle choisi de ressusciter, en 2011, que cette série de films à la fois culte et démodée qu’est PLANET OF THE APES. Sans aucune attente autant de la part du public que de la presse en cette ère de perpétuel recyclage du cinéma hollywoodien, RISE OF THE PLANET OF THE APES a cependant réussi à en surprendre plus d’un à sa sortie il y a de ça trois étés. À la fois un sequel du RISE de 2011 et un prequel des films originaux en plus de s’inscrire dans la tendance populaire récente du film post-apocalyptique, le DAWN OF THE PLANET OF THE APES de Matt Reeves est une œuvre qui prouve qu’il est toujours possible pour une superproduction d’été de se démarquer du lot tout en empruntant ses sentiers battus. Le récit, qui reprend dix ans après le dernier film, nous projette dans un futur proche (introduit au spectateur par un montage de fausses images télévisées) où la race humaine a été majoritairement décimée par un virus mortel. Un groupe de survivants entre en contact par accident avec Caesar et sa colonie de primates mutants alors qu’ils explorent les montagnes avoisinantes de San Francisco à la recherche d’une source d’énergie. Les deux tribus sont méfiantes, une tension latente qui s’installe dès les premières minutes évoluera graduellement vers un inévitable conflit armé, affrontement précurseur aux premiers films de la série qui nous présentait un monde futuriste où l’humain était devenu l’esclave de la nouvelle race dominante, les singes.

Si cette idée semble plutôt bête et peu inspirée sur papier, c’est parce que – disons-le – elle l’est. Avec un scénario truffé de bonnes intentions qui sombre toutefois trop souvent dans la mécanique du cliché et des archétypes, c’est le travail soigné de mise-en-scène de Matt Reeves en conjonction avec l’équipe des effets visuels qui élève DAWN OF THE PLANET OF THE APES au-dessus du rang de sequel générique de saison. Le film nous renvoie d’emblée avec les personnages simiens de l’opus précédent : Maurice le sage orang-outang, Koba le bonobo agressif, leur leader Caesar et tout le reste d’une colonie qui, en dix ans, a su s’accroître considérablement. Contrairement au précédent RISE, qui avec sa courte durée de 105 minutes faisait débouler son intrigue de manière presque trop frénétique, une des forces du film de Reeves réside dans sa la patience de son rythme. Il y a ici une réelle volonté de la part du cinéaste de bien nous introduire à un nouveau monde et ses différents personnages, de nous les faire connaître et de nous faire comprendre les enjeux d’une potentielle guerre avec l’espèce humaine avant de lancer son spectateur dans le feu de l’action. Dommage qu’une telle profondeur émotionnelle ne soit pas accordée aux personnages humains, qui hormis quelques interactions affectives un peu forcées ne bénéficient pas du même niveau d’intérêt et d’identification de la part du public.

C’est justement dans cette charge émotive, ce rapport unique et quasi paradoxal entre spectateur et personnage numérique, que réside l’intérêt principal de DAWN OF THE PLANET OF THE APES; si certaines créatures animées en CGI (Computer Generated Imagery/images de synthèse), à travers les années, ont réussi à émerveiller et à capturer le cœur des foules (pensons au Gollum d’Andy Serkis dans THE LORD OF THE RINGS, exemple le plus populaire), DAWN est le premier blockbuster américain qui réussi totalement à immiscer son spectateur dans une communauté à la fois non humaine et complètement en CGI. Chaque complexité des expressions faciales, chaque échange de signes entre primates sont si convaincants qu’on oublie l’absence physique de réels comédiens à l’écran. Alors que la fascination des spectateurs à l’égard du peuple Na’vi de l’AVATAR de James Cameron, par exemple, était davantage dérivée de leur exotisme, DAWN OF THE PLANET OF THE APES nous place directement au milieu du monde des singes et de leur mode de vie animal; plus d’une quinzaine de minutes passe avant la violente surprise d’une première incursion humaine sur leur territoire.

Au niveau des prouesses du scénario, on appréciera au moins l’intégrité d’un film d’été pourvu d’une certaine conscience par rapport au caractère à la fois futile et irrévocable de la guerre. La majorité des affrontements ne servent pas que de simples distractions bruyantes; le spectateur a été amené à craindre pour la sécurité des deux camps et comprend qu’il n’y a aucune raison, mis à part les enjeux territoriaux, justifiant cette avalanche d’agressions. On regrettera pourtant l’emprunt de plusieurs avenues beaucoup trop conventionnelles du récit, comme un conflit interne chez les primates entre Caesar et Koba qui évoluera de manière prévisible et provoquera d’étranges échos au ROI LION dans son développement. De plus, comme je l’ai mentionné plus tôt, le spectateur risque de s’ennuyer et de se désintéresser rapidement aussitôt que les primates quittent l’écran en faveur des personnages humains. Si on appréciait la qualité simplette un peu ‘B’ de RISE OF THE PLANET OF THE APES, DAWN souffre trop souvent du syndrome ‘DARK KNIGHT’ des récentes suites américaines : plus gros, plus lourd, plus long, plus dramatique, plus sombre. Malgré une première heure tendue, mais plus calme, on a l’impression, durant le dénouement étiré et un peu trop cacophonique du film, qu’un vingt à trente minutes de moins aurait tout simplement aidé à resserrer le tout.

Néanmoins, il est pourtant difficile de trop en vouloir à un film qui comporte les mêmes défauts que 90 % de tous les autres produits hollywoodiens qui sont sortis (et vont sortir) cet été tout en détenant aussi plusieurs qualités singulières qui lui sont propres. Avec son deuxième film de science-fiction, Matt Reeves prouve qu’il est un nouveau conteur grand public à surveiller, un genre de mini Spielberg qui, tout comme avec son CLOVERFIELD de 2008, réussit à utiliser la forme et la technique du cinéma du spectacle non pas comme de simples artifices, mais bien comme véritables outils narratifs. Le spectateur devient saisi, enchanté même, lorsqu’il réalise à quel point ces animaux numériques ont réussi à lui faire vivre autant d’émotions variées. DAWN OF THE PLANET OF THE APES est un film qui a beaucoup plus de cœur qu’il en a de tête. Mais bon, de nos jours à Hollywood, c’est toujours mieux que rien.

6

Dawn of the Planet of the Apes – 2014 – 130 min – États-Unis – Matt Reeves

Une réflexion sur “Cœurs numériques

  1. Réal Pelletier dit :

    Excellente approche de la mécanique hollywoodienne d’été, cher Benjamin. Ma foi, tu te prépares une jolie carrière de critique cinématographique, dis-donc!
    Que la suite te soit favorable!

    Ton grand-père, Réal Pelletier, journaliste retraité, Longueuil, Qc, Ca.

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