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26 juin 2014 par Paul Landriau

exil

Projeté en Abitibi en 2012 où le film n’était pas encore terminé, puis prévu au catalogue des Rendez-Vous du Cinéma Québécois en 2013, mais finalement présenté à l’édition suivante, EXIL arrive enfin à bon port et sortira sur grands écrans en ce mois de juin. Le film raconte l’histoire de Samuel, jeune adolescent à la recherche de sa mère, et par la providence effectue un long parcours qui le mène d’Haïti à Montréal. Parcours existentiel et hautement improbable.

Tout comme son protagoniste, le réalisateur Charles-Olivier Michaud avoue candidement que le film était avant tout un essai dans un entretien assez surréel qu’il a accordé à Jean-Marie Lanlo. Un jeune cinéaste au parcours impressionnant, son premier film SNOW & ASHES a fait grand bruit et depuis il multiplie les aventures, afin de trouver sa propre touche. EXIL serait un film sans scénario. Du moins c’est ce que nous fait croire son générique, son affiche, son dossier de presse, sa fiche sur le site de la boîte de production ou sur Cinoche.com. Dans l’entrevue précédemment citée, Michaud nous explique que ce n’est qu’une erreur technique, un oubli, et que cela couterait trop cher de refaire une copie du film. Pourtant, dans cette même entrevue, il mentionne que suite à la projection aux RVCQ plus tôt cette année, il a retravaillé le film et a retiré 30 % de la narration, nous annonce-t-il fièrement. Plus loin, il va jusqu’à suggérer d’écouter le film sans le son! Quel metteur-en-scène redoute autant les dialogues de son film ou encore la trame sonore qu’il ose faire de telles suggestions en pleine promotion quelques jours à peine avant la sortie en salles? Cette narration, cette voix-off, qui serait écrite par Stanley Péan, qui donc interprète le personnage de Samuel dans un futur que l’on ne verra jamais, est certes l’un des points faibles du film. Alors qu’un camionneur offre son aide au jeune Samuel, perdu dans les nombreuses petites villes étatsuniennes, la narration nous dit ceci : « Papa avait raison lorsqu’il disait que la providence place des anges sur notre chemin ». Malheureusement, ce ton mièvre et niais ne colle pas vraiment avec la réalité que l’on observe. De plus, le décalage entre cette voix d’homme et ce jeune adolescent que l’on voit à l’écran, qui lui est plutôt du genre silencieux, éclate la psychologie du personnage et empêche le spectateur de vraiment y croire. Peut-être aurait-il été plus approprié, à l’instar de REBELLE, de faire lire la narration par le même acteur qui joue le personnage.

C’est d’autant plus dommage que le premier tiers du film était véritablement prometteur. Tournée en République dominicaine par le très bon directeur photo Jean-François Lord, l’introduction place déjà le personnage de Samuel dans des dilemmes intenses. Alors qu’il croit sa mère morte, un homme lui informe qu’on lui a menti, que celle-ci a émigré aux États-Unis, terre mythique et lointaine pour ces pauvres citoyens. Sans réelle figure parentale, Samuel se lie d’amitié avec Wilson, un homme plus grand, plus fort, plus charismatique que lui. Avec les quelques dollars que Samuel dérobe, ils prévoient traverser la mer à leur tour et s’enfuir de leur patrie. Dans la plus belle scène du film, véritablement déchirante, Wilson paie le passage à bord d’un canot avant de repousser Samuel sur la berge. Celui-ci s’élance dans les vagues fantomatiques mais il s’échoue inévitablement sur les rives de la réalité. Alors que les couleurs chaudes et le point de vue du jeune Samuel donnent d’abord un certain ton surréaliste au récit, qui prend des allures de fable, le film se dirigera de plus en plus vers un certain réalisme documentaire, une réalité froide. Travelogue donc entre Haïti, la Floride, New York et ses gangs de rues assez stéréotypés et une traversée d’un des Grands Lacs à pied qui serait venu à bout de n’importe quel personnage sauf de celui que l’on secoure à grand renfort de deus ex machina.

Le film cherche son ton comme le protagoniste cherche sa mère; sans jamais la trouver ni se remettre en question. C’est frustrant de voir un personnage aussi peu développé. Au final, que fait-il sinon marcher droit devant, de manière aussi irréfléchie qu’un animal en quête d’une proie? On sait bien sûr qu’il doit s’en sortir un jour et faire le point sur sa vie, car après tout, sa voix-off nous accompagne au long de ce récit qui est raconté rétrospectivement. Cependant nous ne sommes pas témoins de ce changement d’attitude. Quitte à nous raconter son histoire, Samuel aurait mieux fait de nous montrer des passages plus lourds de sens.

Si la progression du travail photographique suit tel un thermomètre le parcours du jeune homme, reste qu’au final on regrette la première partie du film qui avait lieu dans un pays chaud. Un film malheureusement sans éclat qui pourtant partait du bon pied. Ce pourrait à tout le moins être une bonne leçon; malgré ce que vous nous faire croire son réalisateur, pour faire un bon film, ça prend bel et bien un scénario.

5

Exil – 2014 – 100 min – Canada (Québec), République Dominicaine, États-Unis, France – Charles-Olivier Michaud

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