Pédaler pour survivre

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10 juin 2014 par Delphine Larose

la petite reine

LA PETITE REINE d’Alexis Durand-Brault raconte une histoire dont tout le monde connaît la fin; celle de la descente aux enfers de la cycliste Geneviève Jeanson. Outre l’entraineur fou, les histoires de dopage et la pression médiatique, le film de Durand-Brault nous enfonce droit dans le corps et l’âme de la jeune athlète. C’est avec une équipe d’acteurs talentueux, une justesse du scénario et une acuité cinématographique qui font de LA PETITE REINE le film québécois de l’été.

Dès les premières minutes du film, Durand-Brault donne le ton du récit; dur, cru et vrai. On nous raconte l’histoire de cette Julie Arseneau (Laurence Lebœuf), jeune cycliste qui vit sous l’emprise de son entraineur (Patrice Robitaille) et qui voit sa carrière sportive tourner suite à des tests de dépistage. La favorite du Québec se fait vite prendre dans un énorme tourbillon, où son équipe et sa famille ne lui seront d’aucune aide morale et psychologique. L’obsession de gagner en vient à lui pourrir la vie en lui enlevant tout plaisir à pédaler sur son vélo. LA PETITE REINE, bien qu’elle aborde une certaine Julie Arseneau, est ni plus ni moins l’histoire de la cycliste Geneviève Jeanson, célébrité du monde sportif au début des années 2000.

Il est inévitable d’aborder la qualité et la justesse du jeu des acteurs. Laurence Lebœuf est incroyable, autant dans les victoires que dans les défaites. Sa présence crève l’écran et nous laisse une boule tout au fond de la gorge : sa douleur physique et mentale vient nous attaquer jusqu’aux tripes. Le spectateur a mal aux jambes avec elle en fin de course, au cœur quand la drogue envahit son corps, à la tête quand les voix extérieures lui dictent quoi faire. Il en est du même pour le rôle de Patrice Robitaille, grand méchant de l’histoire. On se délecte de le détester; on voudrait tous lui écraser la gueule à coups de poing pour protéger la petite et fragile cycliste.

Finalement, c’est avec la réalisation d’Alexis Durand-Brault que LA PETITE REINE contient la formule parfaite pour plaire au spectateur. Tout au long du récit, la caméra devient les yeux de la jeune athlète, nous montrant son dur quotidien et son combat contre sa propre vie. Cinématographiquement, j’ai été surprise par la qualité et l’intensité de plusieurs plans. La vision de Durand-Brault et la direction photographique d’Yves Bélanger viennent capter l’essence du récit, tout en saisissant plusieurs subtilités qui s’amalgament parfaitement au film entier. Dès les premières images, nous pouvons observer cette justesse visuelle : un mouvement de grue qui nous montre Lebœuf sur son vélo, avec un flare bien placé et une emphase sur la magnificence du paysage alors qu’elle pédale vers l’horizon.

Mais il faut se le dire franchement, cette vision, Durand-Brault en a fait cadeau à Geneviève Jeanson : pour la première fois, la cycliste a pu montrer comment était la vraie histoire. Sans aucun jugement, Jeanson a pu exorciser ce dur passé et permettre au Québec de mieux comprendre son tiraillement intérieur qu’elle a vécu pendant des années. LA PETITE REINE est d’abord et avant tout une réconciliation entre une athlète et tout un peuple, et permet à chacun d’entre nous de comprendre, d’accepter et de pardonner le passé de Geneviève Jeanson.

8

La Petite reine – 2014 – 108 min – Canada (Québec) – Alexis Durand-Brault

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