À propos de TRUE BLOOD et SIX FEET UNDER

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22 mai 2014 par Mario Melidona

trueblood

Alan Ball, scénariste et créateur, a projeté sa vision unique dans des univers fantaisistes et même parfois purement absurdes. Heureusement, ce sens du divertissement et les divers référents d’Alan Ball ont résulté en des films et émissions de télévision qui ont abordé des thèmes comme le sexe, la vie, la mort, l’au-delà et le surnaturel. Je ne veux pas parler de la carrière d’Alan Ball en particulier, mais plutôt aborder certains choix thématiques importants qui parcourent son œuvre. Parmi les thèmes récurrents de son œuvre, on peut retrouver des séquences fantaisistes qui comprennent généralement des « intermèdes musicaux », des « fantasmes sexuels » et « l’éveil spirituel ». Alan Ball a créé deux séries télévisées emblématiques, SIX FEET UNDER et TRUE BLOOD, qui continue d’être diffusée sur la chaîne spécialisée HBO.

Même si SIX FEET UNDER a été diffusée de 2001 à 2005, HBO la rediffuse intégralement de manière périodique. La série a reçu de nombreuses nominations et a remporté plusieurs prix prestigieux, dont celui du meilleur réalisateur (Alan Ball pour le pilote), de la meilleure direction artistique ainsi que de nombreux prix pour les performances remarquables des acteurs et des acteurs invités. Rien n’est comparable à l’influence énorme de SIX FEET UNDER dans le paysage télévisuel. Les spectateurs assidus sont témoins de récits sensibles sur la vie et la mort, les deux états se côtoyant habilement lorsque les personnes décédées sont confiées au clan Fisher pour les funérailles. Cette famille préparait donc les morts afin que leurs survivants puissent faire leurs adieux. La série s’inaugura par la mort la plus lourde de symboles, celle de la figure patriarcale. À partir de là, la série illustre la fragilité et l’exubérance de la vie, à travers la fascination d’Alan Ball envers le fantastique. Qui d’autre mettrait en scène les dialogues entre morts et vivants, qui tournent autour de leçons de vie (et de mortalité) en essayant malgré tout d’en conserver le caractère anodin? De nombreuses séquences musicales fantaisistes parsèment le récit dans lesquelles les personnages tentent d’échapper à la fatalité de leur quotidien mondain. Claire Fisher (Lauren Ambrose), une artiste pleine d’espoir, utilise son emploi temporaire dans un bureau comme un catalyseur afin de critiquer ses collants qui enveloppent son corps; David Fisher (Michael C. Hall) illustre son choix de devenir un parent avec son partenaire de même sexe, à l’aide de sa belle-sœur Claire qui serait leur mère porteuse par une émission de télé pour enfants où des personnages de plastiques aux têtes déformées et yeux globuleux vivent sur une ferme; Ruth Fisher (Frances Conroy) en voyage de camping, prend des drogues illicites par mégarde et visualise le meurtre de ses anciens amoureux comme si c’était un jeu carnavalesque. Alan Ball scénarise — ou du moins guide un groupe d’écrivains à développer — des récits explicites à propos sujets délicats et parfois tabous. Dans la finale de la première saison, Nate console une veuve en répondant à sa question : « Why do people have to die? » — « To make life important. A life well-lived… that’s all we can hope for” (« Pourquoi les gens doivent-ils mourir? » — « Pour que la vie est un sens. Une vie bien remplie… c’est tout ce que nous pouvons souhaiter. ») (SIX FEET UNDER: Knock Knock. #1. 13, 2001).  Dure mais honnête, cette vérité se pose pour quiconque souhaite l’écouter et la comprendre.

« […] C’est seulement après que les Fischer ont reconnu et accepté les désirs personnels de l’autre qui tente d’atteindre l’eudaemonia. En permettant à cette construction de conflit et de résolution de se développer tout au long de la série, Alan Ball a créé un modèle simple et significatif qui permet à SIX FEET UNDER de trôner au sommet des séries télévisuelles dramatiques, posant la question : ‘si nous ne savons pas de quelle manière les autres perçoivent la vie idéale et la façon de la vivre, comment peut-on seulement comprendre comment nous la voyons et la vivons nous-mêmes?’ »

(McLean 1, traduction de l’éditeur)

Du côté de TRUE BLOOD, je trouve que c’est simplement du pur divertissement pulpeux renforcé par des scènes glorifiées de sexe et de violence. Les amateurs de cette émission, plus souvent qu’autrement, se limitent à ces paramètres. Plutôt que d’avoir recours aux intermèdes musicaux mentionnés plus haut qui allègent de manière astucieuse une série aux thématiques lourdes, TRUE BLOOD aborde encore une fois les thèmes de la vie et de la mort, cette fois à travers le surnaturel. Dans la ville de Bon Temps, Sookie Stackhouse (Anna Paquin) tombe amoureuse d’un vampire et ainsi s’immisce dans les troubles sociaux et politiques qui entourent les relations entre humains et morts vivants. La série utilise le vampirisme comme un miroir du sectarisme du XXIe siècle, et il est facile d’y établir un parallèle entre les combats actuels pour les droits de la communauté LGBT ou encore les revendications des minorités aux États-Unis (les noirs par exemple qui exigent l’égalité pour tous); une myriade de variations de troubles encore bien trop présents. Un symbole exemplaire est le vampire Godric, figure à peine voilée du Christ, qui a sacrifié sa vie pour que les humains puissent considérer les vampires autrement que de simples démons, mais plutôt comme des citoyens égaux, alors qu’un prêtre fanatique utilise son église/sa secte et ses fidèles afin d’entrer en guerre contre les vampires, le soleil étant son arme principale. Eric Northman (Alexander Skarsgard), discute avec son créateur Godric de la fragilité de l’humanité, du vampirisme, de la lutte menaçant la survie d’un groupe, et si ce groupe mérite au fond le châtiment :

Eric Northman: Why wouldn’t you leave when I first came for you?
Godric: They didn’t treat me badly. You’d be shocked at how ordinary most of them are.
Eric Northman: They do nothing but fan the flames of hatred for us.
Godric: Let’s be honest. We are frightening. After thousands of years we haven’t evolved. We only grow more brutal, more predatory. I don’t see the danger in treating humans as equals. The Fellowship of the Sun arose because we never did so.
Eric Northman: Is that why you wouldn’t fight when they took you?
Godric: I could have killed every last one of them with in minutes. And what would that have proven?

(Eric Northman : Pourquoi ne vous êtes vous pas enfui quand je suis venu vous retrouver?Godric : Ils ne m’ont pas maltraité. Vous seriez surpris de voir à quel point la plupart d’entre eux sont ordinaires.
Eric Northman : Ils ne font qu’attiser leur haine envers nous.
Godric : Soyons honnêtes, nous sommes effrayants. Depuis des milliers d’années, nous n’avons pas évolué. Nous sommes devenus des brutes, des prédateurs. Je ne vois pas le danger de traiter les humains comme des égaux. La Communauté du Soleil s’est formée parce que nous ne nous sommes jamais unis.
Eric Northman : C’est pour cela que vous n’avez pas résisté?
Godric : J’aurais pu les tuer jusqu’au dernier d’entre eux en quelques minutes. Qu’est-ce que cela aurait prouvé?)

TRUE BLOOD: Timebomb (# 2.8) (2009)

Ce qui est particulièrement intéressant est la politique sexuelle des vampires et de leurs victimes. L’orientation sexuelle semble être sans importance puisque les vampires ont des relations sexuelles avec des partenaires de genres différents — voire même de race si l’on distingue les humains normaux des vampires. Le sang des vampires provoque une véritable extase sexuelle à ceux qui le prélève directement du corps, possède des qualités regénératives (un remède miracle pour les blessures — au contraire des maladies transmises sexuellement) et pourrait passer pour un hallucinogène, lorsque consommé au compte-goutte. De plus, lorsqu’un humain ingurgite le sang d’un vampire, il partage ses fantasmes sexuels et rêves érotiques. Le surnaturel a fourni à l’homme un miracle que d’aucuns voudront catégoriser comme l’eudaemonia, puisque ces créatures de la nuit sont toutes incomprises d’une façon ou d’une autre. La sixième saison introduit d’ailleurs un virus vampirique qui se pose en métaphore du SIDA, transmissible de multiples façons.

Alan Ball confronte constamment le spectateur à regarder de près des sujets délicats et essaie de changer la manière d’aborder et de discuter de ces défis fondamentaux et profondément humains que trop souvent nous rejetons du revers de la main, car les idéaux et idées préconçues que l’on peut parfois défendre sont l’héritage de siècles de mésententes et d’intolérance. L’Homme, après tout, résiste naturellement au changement. Alan Ball développe en ce moment même un drame médical qui aurait comme point de départ la question difficile de l’avortement : « un débat particulièrement virulent autour du contrôle de la femme contemporaine sur ses droits de reproduction mais également de ces gens qui veulent s’assurer que les femmes maintiennent ces acquis. Vous obtenez donc une série télé potentiellement remarquable mais qui pourrait également avoir un impact auprès de ceux qui souhaite renier le droit fondamental des femmes de pouvoir faire un choix. » (Moore, traduction de l’éditeur). Telle est l’influence d’Alan Ball.

La nouvelle et ultime saison de TRUE BLOOD débute le 22 juin sur HBO.

Références 

McLean, Thomas Lofton. “You Can’t Fix Death: Living Life, Fisher Style ». PopMatters. http://www.popmatters.com/pm/feature/150096-you-cant-fix-death-living-life-fisher-style/. 

Moore, Lane. “True Blood’s Alan Ball Developing Series That Could Change The Way We Talk About Abortion”. Jezebel. http://jezebel.com/5852420/true-bloods-alan-ball-developing-series-that-could-change-the-way-people-talk-about-abortion.

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