Famille nucléaire

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21 mai 2014 par Paul Landriau

GODZILLA

Entre la volonté et le résultat, il y a tout un monde. Si cette première qualité peut se ressentir et augmenter notre affect pour un objet d’art, au final, ce qui compte c’est l’objet en soi. La nouvelle adaptation américaine de la franchise mythique de Toho, GODZILLA, fourmille de bonnes intentions, mais ne parvient malheureusement pas à totalement convaincre le spectateur. On peut néanmoins louer les efforts palpables.

Le film déjà se pose comme un hommage au cinéma spielbergien, loin d’être le seul ces dernières années, et l’introduction semble calquée sur celle d’un JURASSIC PARK. Des fouilles archéologiques tombent sur un os, et un gros, et on appelle des spécialistes, dont ici le vénérable Ken Watanabe, interprétant le pauvre rôle du docteur Ishiro Serizawa, qui au final sera surtout présent pour introduire le monstre. On apprécie que l’on ait confié ce rôle clé à un véritable acteur japonais, question de rendre justice à l’origine de la série, cependant on se désole de voir le rôle de Watanabe si réduit et insignifiant. De manière très explicite, il dicte les messages du film dans des dialogues tape-à-l’œil. Du type l’homme croit être en contrôle de la nature alors que c’est plutôt l’inverse.

Les premières minutes du film servent également à introduire la famille américaine habitant le Japon, soit Joe Brody (Bryan Cranston, investi), sa femme Sandra (Juliette Binoche, gâchée) et son fils, le bien nommé Ford (CJ Adams, puis Aaron Taylor-Johnson). Le père travaille sur les ondes électroacoustiques, ou quelque chose comme ça, lorsqu’un incident dans une centrale nucléaire élimine de facto le personnage de Binoche, qui se contente de quelques lignes. Une belle occasion manquée de travailler avec l’une des plus grandes actrices du cinéma! Tout au long du film, c’est le même problème, on délaisse et on oublie les personnages qui seraient potentiellement les plus intéressants (et interprétés par de grands acteurs) pour se concentrer sur le personnage plutôt aphasique du fils cool, militaire, ne craignant rien (dés)incarné par Aaron Taylor-Johnson. Belle gueule, et bon acteur en général, il s’élance d’un point à l’autre, d’une scène à l’autre sans conviction ni réaction. Sa relation avec sa femme, jouée par Elizabeth Olsen, manque de mordant. On peine à croire à leur lien. Celle-ci d’ailleurs jouera également les pantins, son personnage étant le plus souvent appelé à se cacher dans des abris. Dur de composer avec un tel rôle.

Si les personnages sont sauvagement peu développés, c’est en raison d’une narration qui vogue ça et là sans grande justification. On évitera de vous raconter toutes les péripéties pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte, mais un simple recul mental fait ressortir de nombreuses incohérences. Trop souvent, une scène est suspendue plutôt que résolue, le changement d’arc narratif venant camoufler une action au fond sans conséquence.

Au fond, dans un blockbuster de ce type, la véritable star ce ne sont pas les acteurs mais les effets spéciaux, et ce film joue sans surprise dans la surenchère de la destruction massive et le suspense toujours imminent d’une catastrophe nucléaire. Ajoutons à cela un monstre virtuellement indestructible, et l’amateur de sensations fortes y trouvera son dû. Si les scènes d’action sont généralement bien exécutées, c’est notamment grâce à la patience du réalisateur Gareth Edwards, qui préserve avec doigté les moments jouissifs. La caméra nous dévoile par portions tel environnement ou tel monstre; un plan où s’enchainent les explosions d’avions sur le tarmac d’un aéroport, avant qu’une énorme patte vienne envahir le cadre, le long de laquelle la caméra nous dévoile le roi des monstres est particulièrement intense. Car au fond, bien à l’abri de cette fantaisie, nous souhaitons surtout que GODZILLA écrase tout sur son passage, si possible après avoir poussé son fameux cri de guerre.

Si la trame sonore composée par Alexandre Desplat laisse peu de souvenirs en tête quelques jours après le visionnement du film, il faut bien admettre que le design sonore est impeccable. En salle IMAX, il suffit d’entendre en préambule, durant le logo d’introduction de la compagnie, le cri célèbre du personnage titre pour sentir l’adrénaline parcourir notre corps. Plus long et plus menaçant que le cri de la franchise de Toho, on reconnait néanmoins l’ADN du son d’origine.

Une chose très personnelle sans doute, mais que je dois aborder, c’est l’utilisation sans scrupule d’imagerie liée à des évènements récents de catastrophes naturelles. C’est peut-être dans l’air du temps, d’ailleurs MAN OF STEEL en abusait également, mais il me semble de mauvais goût d’exploiter et de représenter des scènes évoquant forcément le 11 septembre 2001, ou encore dans ce cas-ci, le tsunami meurtrier de 2004. Je ne peux nier un grand malaise et du coup, un certain détachement lorsqu’au cinéma, dans un film d’action de surcroit, on s’acharne à montrer ces immeubles s’effondrer, le tout capturé par images au look amateur. Un plan montrant un avion dépourvu d’électricité s’écraser dans un immeuble à bureaux était de trop. Cette remarque peut sembler futile dans le cadre d’une franchise depuis toujours dédiée à la destruction massive de villes familières, mais cela m’a réellement empêché d’apprécier l’action du récit.

Un constat donc plutôt mitigé qui n’empêchera certainement pas le blockbuster de conquérir le monde. Une suite est déjà en chantier. Espérons que le prochain film proposera des personnages plus définis et une histoire plus concise, plus logique, car en l’état, le film durant deux heures est plutôt décousu et sans grandes conséquences. On pourrait aussi toujours reprocher à Hollywood son manque d’originalité et d’inspiration, mais ce serait sans doute un combat perdu depuis longtemps. Un film popcorn bien beurré qui manque cependant de goût. Dommage.

5

Godzilla – 2014 – 123 min – États-Unis, Japon – Gareth Edwards

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