Rideau

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27 mars 2014 par Paul Landriau

chinese zodiac

Jackie Chan nous offre son dernier spectacle. Comme une tournée d’adieu d’un groupe autrefois légendaire, ce film, qu’il annonce comme étant le dernier dans lequel il exécutera ces cascades et combats qui ont fait sa renommée, se veut un peu comme une compilation de ses meilleurs moments. Et, comme la tournée d’adieu d’un groupe autrefois légendaire, la nostalgie prend une place autrement plus importante que la technique, forcément moins impressionnante avec l’âge.

À 57 ans lors du tournage, Jackie Chan est encore capable de nous surprendre. Ce qu’il a perdu en vitesse et en précision, il l’a gagné en charisme et en contrôle. Autant se l’avouer tout de suite, ce film s’adresse exclusivement aux fans, et de nombreux clins d’œil autoréférentiels viendront souligner ce fait. C’est ces petites pointes d’humour qui charment, comme lorsqu’après s’être échappé d’une mansion en s’accrochant aux rambardes, Jackie Chan lance à ses poursuivants : « Je suis sûr que vous êtes incapables de faire ça! » Ou alors, lorsqu’un personnage secondaire demande à l’antagoniste qui est ce personnage principal et de se faire répondre « Lui? C’est une légende dans le milieu. »

CHINESE ZODIAC se veut une pseudo-suite ou réinvention de la franchise ARMOUR OF GOD, qui nous était arrivée dans le désordre en Amérique du Nord! En effet, le deuxième opus, ici intitulé OPERATION CONDOR, était la suite de ARMOUR OF GOD, tourné 5 ans plus tôt. Ce dernier prendra plutôt l’appellation illogique de OPERATION CONDOR 2! Et si personne ne s’était offusqué à l’époque, c’est parce que dans ce style de film, peu importe la cohérence, la qualité du scénario et même oserais-je dire le jeu d’acteur. Car ce qui est mis à l’avant est l’inventivité des chorégraphies de combats et la prouesse d’un maître d’arts martiaux.

Sorti en décembre 2012 en Chine (d’où le nom alternatif de CZ12), CHINESE ZODIAC fût le film le plus lucratif de Jackie Chan en terre natale et lui permit même d’amasser deux Records Mondiaux Guinness. Le premier est le plus grand nombre de postes au générique, Jackie Chan assurant la réalisation, l’écriture, le rôle principal, la composition de la chanson-thème, les chorégraphies de combats, les cascades bien sûr et plus encore. Le deuxième prix, plus significatif celui-ci, est le plus grand nombre de cascades pour un acteur. Une sorte d’hommage pour l’ensemble de sa carrière en sorte. Ce prix est logique car tout comme le film, il vient plutôt célébrer une carrière que l’opus en question.

Dans CHINESE ZODIAC, le scénario semble plus à une trame vidéoludique qui n’aurait comme intérêt que d’enchaîner les séquences d’action à un rythme prenant. Plus simple que le plus basique JAMES BOND, plus loufoque que le plus idiot PIRATES DES CARAÏBES, le film se compare davantage à une sorte de Tomb Raider sauce cantonaise. À noter que j’ai pu visionner la version américaine seulement, qui est amputé d’une vingtaine de minutes, mais dont Jackie Chan assura lui-même le montage et la supervision du doublage. Car oui, pour ceux qui comme moi, ont grandi en écoutant ces films importés à peu de frais, le doublage approximatif, les dialogues pas toujours grammaticalement adéquats ajoutent aussi au charme de l’expérience. Un film se louait plutôt par rapport à la vedette qu’au scénario; on préférait Jet Li ou Jackie Chan ou Sammo Hung, ou peut-être Bruce Lee ou encore Donnie Yen. Dans ce film donc, notre protagoniste JC (pourquoi chercher plus loin un nom?) doit récupérer des têtes en bronze pour reformer la douzaine qui appartient au gouvernement chinois et qui aurait été volée par les vilains étrangers il y a quelques centaines d’années. Le prétexte à parcourir des lieux exotiques, un volcan à Vanuatu, une jungle en Taïwan, ou alors le centre-ville parisien, autant de lieux pour s’évader le temps d’une course-poursuite improbable ou d’une baston générale. Le cahier des charges est rempli; d’un côté une équipe d’experts en espionnage, gadgets et prouesses physiques façon MISSION IMPOSSIBLE, avec bien sûr une jolie femme souple dans le lot; une femme étrangère faible qu’il faudra secourir au fil des péripéties; un peu de patriotisme naïf pour faire plaisir au public local et des vilains aussi colorés que redoutables, comme ce Vulture qui a au moins autant de gueule que son nom.

Pour moi, le style de film d’arts martiaux est aussi hermétique que la comédie musicale. Pour le non-initié, il peut s’avérer extrêmement pénible d’en être le témoin. L’apparence ridicule côtoie la bonhommie des créateurs; un plaisir fou émerge de chaque plan, et pourtant, le risible n’est jamais bien loin. Pour le spectateur cependant qui est conscient de l’univers dans lequel on l’emporte et qui veut bien se prêter au jeu, la récompense peut être quelques heures d’enchantement.

D’un côté, l’enfant en moi s’émerveille de voir, pour la dernière fois sans doute, Jackie Chan le mythe, Jackie Chan un héros d’enfance (si si!) s’élancer sur l’autoroute dans une combinaison à roulettes aussi improbable qu’entraînante et mettre K.O. ses adversaires les uns après les autres. C’est comme un contrat qui nous unit, une relation de confiance; si tu m’apportes assez d’émerveillement, je ne serai pas trop critique sur le film. C’est après tout ce désir sincère de plaire, celui de vouloir produire un cinéma divertissant et accessible qui rend sans doute cette icône attachante et charismatique. C’est au fil de plus de 100 films en une quarantaine d’années que Jackie Chan s’est forgé une personnalité distincte et unique. Celle du bouffon se fourrant les pieds dans les plats mais possédant assez d’habiletés pour s’en sortir in extremis à chaque fois. C’est celle pour laquelle le rôle du DRUNKEN MASTER était écrit d’avance. Dans cet ultime opus, on ne craint pas vraiment de le voir échouer. Tous les personnages secondaires sont après tout écrits pour le mettre en valeur. Un viril duel de combat mano à mano sur des sofas et extrêmement impressionnant malgré ce manque de tension évident. Mais là où quelques séquences nous ramènent à l’enfance, certaines scènes étirent un peu trop les lois de la physique pour être saisissantes. On pense notamment à cette baston en plein saut en parachute, où JC, en plus de devoir se démener contre trois adversaires doit récupérer une tête de bronze se dirigeant dans un volcan actif. On salue la volonté de vouloir nous en mettre plein la vue, mais c’est lorsque Jackie Chan a les deux pieds sur terre et qu’il utilise décors et accessoires de façons inusitées qu’il est à son mieux.

Une séquence dans un studio photo est tout à fait emblématique du travail inventif pour lequel est réputé Jackie Chan dans laquelle il se battra tantôt avec un parapluie réflecteur de lumière, tantôt avec un trépied sur lequel est posé un appareil photo, ce qui permet une double lecture où le cinéaste nous montre sa maîtrise de la caméra, comme extension de son corps, extension de son art. Dans ce décor, un cadre de photo flotte, suspendu par des fils, et le protagoniste est ses adversaires anonymes le traverse de bien des façons. La caméra, cette fois-ci dans les mains d’un de ces goons s’enclenche lors d’une fameuse pose de JC. On s’en servira pour d’éventuels autographes. Plus loin, comme punchline comique, comme chute de la bagarre, JC s’étouffe avec son double chewing-gum, alors que l’appareil qu’il tient dans les mains s’active en mode rafale, une référence à peine voilée aux paparazzi, véritables vilains dans le quotidien de cette super-vedette.

Bien évidemment il ne faudrait pas passer outre les lacunes du film, bien nombreuses, sous prétexte d’être sensible au charme de la vedette. Outre un scénario extrêmement bancal, certains acteurs sont particulièrement mauvais, certaines blagues semblent bien juvéniles et on aurait peut-être préféré un peu plus de crédibilité quitte à sacrifier une destination exotique. La longue séquence dans la jungle nous apparait comme particulièrement fastidieuse et infantile.

Comme à l’habitude, on restera attentif au générique, Jackie Chan ayant imposé le fameux montage de bloopers et autres cascades ratées. Forcément, cela augmente notre empathie pour ce héros, qui se fait littéralement souffrir pour notre plaisir à tous. Après cette traditionnelle visite hors champ des coulisses, un montage honorifique, rappelant les meilleurs moments de la carrière de Jackie Chan défile, tandis que le cinéaste/maître/acteur nous remercie chaleureusement de notre soutien après tout ce temps, ainsi que des commentaires positifs et négatifs. Est-ce que je ferais partie de la légende malgré moi? Est-ce que Jackie Chan, le mythe, l’icône, s’est forgé un peu à travers nous au fil des années?

Au final, si après toutes ces décennies, si après ces quelques paragraphes, vous n’accrochez toujours pas au style particulier de Jackie Chan, une école à lui seul, ce n’est pas ce film qui vous fera changer d’avis. Ces belles années sont derrière lui, mais pour récompenser ses fans, il leur offre un dernier show. Un spectacle que la nostalgie m’a fait apprécier bien malgré moi, malgré ces lacunes et raccourcis scénaristiques. Après tout, nous avons tous un héros d’enfance.

5

Sap ji sang ciu (Chinese Zodiac / CZ12 / Armour of God III) * version américaine – 2012 – 109 min – Hong Kong, Chine – Jackie Chan

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