City Boy

Poster un commentaire

25 mars 2014 par Paul Landriau

Tom à la ferme

Quatrième long-métrage du prolifique Xavier Dolan, à la fois l’enfant chéri du cinéma québécois et un jeune prodige qui dérange, TOM À LA FERME se veut une sorte de détour, un certain défi que s’impose le cinéaste afin de prouver qu’il n’est pas le réalisateur d’un seul registre. Fait intéressant à noter, son prochain film, MOMMY, déjà tourné et présentement en postproduction (une sélection à Cannes serait logique) se veut comme un retour aux sources. Le titre déjà l’indique, ainsi que le recours à ses comédiennes fétiches Suzanne Clément mais aussi et surtout Anne Dorval. Dans ce film-là, il n’incarnera toutefois pas le rôle principal; c’est le jeune comédien de COLLEGE BOY, son vidéoclip pour Indochine, Antoine Pilon, qui sera à l’affiche.

Pourquoi cette parenthèse sur la filmographie du cinéaste? Car on sent comme un besoin de se justifier avec ce 4e long. Un peu comme si Dolan, las de ses détracteurs, souhaitait prouver l’étendue de son talent. Attitude à notre avis inutile, puisqu’il signait avec LAURENCE ANYWAYS un premier grand film, malgré l’accueil tiède à l’époque. Cette escapade à la campagne donc, adaptation d’une pièce de Michel Marc Bouchard, se pose en tant que collage pop intertextuel, à la fois hommage au thriller hitchcockien et œuvre visuelle se rapprochant par moments de l’esthétique vidéoclip. Malheureusement, l’ensemble n’est pas harmonieux, et les quelques plans jouissifs se perdent dans le champ narratif confus et illogique. Pas assez fin pour se définir comme un thriller psychologique et trop incohérent pour faire partie du film d’horreur façon TEXAS CHAINSAW MASSACRE (avec qui il partage des affinités), le film aurait tout à gagner d’une réécriture et peut-être d’un montage plus serré. Les longues errances de Tom, personnage-titre interprété par Dolan, arborant une chevelure ridiculement kitsch et un blouson en cuir qu’aurait envié Michael Jackson, finissent par lasser et manquer de justificatifs.

Alors que les personnages secondaires sont tous sans exception unidimensionnels et idiots (la mère poule, le frère redneck arborant t-shirt de Budweiser et plus loin blouson orné du drapeau des États-Unis svp, le barman informatif/astuce de scénariste), le personnage principal lui, change radicalement et sans aucune raison d’attitude, voulant tantôt s’enfuir de cette dangereuse ferme, tantôt vantant les mérites de la traite de vache (on n’invente rien) à son amie venue le sauver.

On rappelle le pitch, un jeune montréalais venant à la ferme de la famille de son défunt copain pour les funérailles se rend compte qu’ils ne sont pas au courant de son existence. Le frère du défunt, une brute manquant de vocabulaire mais pas de forceps, un taureau sachant le tango, persécute Tom et le convainc de rester à la ferme pour l’aider au labeur quotidien. La dichotomie entre la ville et la campagne, l’homosexualité et l’hétérosexualité, le brun et le blond, la force et l’astuce, tout y est ici traité de manière simpliste et désolante. Il faut donc croire que le passage de la scène à l’écran ne s’est pas effectué sans une bonne dose de leste ou d’incompatibilité.

Musicalement, un louable travail s’effectue, Gabriel Yared émulant Bernard Hermann tout en proposant une signature propre. Mais là où ses compositions installent une certaine ambiance opprimante et classique, Dolan vient brouiller les cartes avec quelques chansons pop comme Pleurs dans la pluie de Mario Pelchat, cassant ainsi toute forme de suspense chèrement acquise. On ne sait donc pas s’il faut taper du pied ou se crisper. Vouloir faire retomber la tension par moments est certes louable, mais l’incongruité du développement des personnages et les illogismes narratifs n’entrainent pas le spectateur dans un récit prenant.

Restent encore les trouvailles de compositions ou de mise-en-scène qui émergent de la collaboration entre Dolan et le directeur photo André Turpin. On notera notamment une course dans un champ de blé ou l’aplatissement de la focale conjuguée au rapide travelling parallèle donne un résultat saisissant et vif. Cependant, certaines scènes sont très quelconques, comme cette première nuit passée à la ferme où certains plans sont pratiquement invisibles, et où on sent le travail de colorisation qui a tant bien que mal tenté de rendre le tout plus clair.

Alors qu’on saluait l’audace et la décadence de LAURENCE ANYWAYS, ici les 105 minutes nous semblent bien vides. On ne peut s’empêcher de penser que le film est bien trop long pour ce qu’il est. Exercice de style brouillon comportant quelques touches ingénieuses ici et là, on ne s’attardera pas trop sur cet opus et on attend avec impatience le prochain du talentueux cinéaste.

4

Tom à la ferme – 2013 – 105 min – Canada, France – Xavier Dolan

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

sondage

%d blogueurs aiment cette page :