Top 10 de Paul Landriau

Poster un commentaire

1 janvier 2014 par Paul Landriau

 top10banniere

Nous y sommes. La fin de l’année est l’heure des bilans, l’heure des réflexions. On pratique l’exercice mental de se remémorer 12 mois d’existence, d’expériences qui nous ont façonnés et changés. Au cinéma comme au quotidien, je ne suis plus tout à fait la même personne qu’en janvier dernier. Après presque 600 films, dont un peu moins d’une centaine sortis cette année, le cinéphile que je suis a été comblé à de nombreuses occasions. En 2013, je me suis beaucoup consacré au cinéma muet, après un cours inspirant à l’Université Concordia, où j’ai complété mon baccalauréat au printemps. Invité comme membre du jury médias de Prends ça court!, je me suis familiarisé avec le format du court-métrage. Un demi-regret cependant, je n’ai pas participé à autant de festivals que les années précédentes. Et ceux auxquels j’ai assisté n’ont été le théâtre que de quelques visionnements seulement. Ceci s’explique notamment par mon implication plus grande dans ce beau projet qu’est Point de Vues. Nous aurons quelques bonnes nouvelles à vous annoncer dans les prochains jours d’ailleurs. En 2013, je commence une collaboration avec l’Excentris, écrivant une chronique hebdomadaire sur leur blogue dans un style libre qui correspond bien à ma façon de penser le cinéma. Je crois qu’on doit voir un film dans son contexte; nul film n’est « apparu » de nulle part. 2013 fut aussi l’occasion pour moi de donner une première conférence dans un colloque, au sujet du cinéaste Hitoshi Matsumoto et du concept de la célébrité liquide. Un bel exercice, sans aucun doute. Je fais mes premiers pas à l’Université de Montréal, y fais de belles rencontres.

Au cinéma donc, quelques précisions s’imposent avant de se livrer à l’inévitable exercice du Top. Déjà, on rappellera que cette liste est subjective et doit s’utiliser comme point de départ, et non d’arrivée. Aurais-je vu les centaines de films « importants » (un terme forcément problématique) de l’année que ma propre sensibilité ne saurait établir un Top définitif. Qui plus est, ces films sont pour moi des énormes coups de cœur dont la position est pratiquement arbitraire. Un autre jour, le numéro 5 pourrait bien monter de quelques positions, tandis que le numéro 1 pourrait bien céder son podium, alors évitons de se prendre trop au sérieux. Il y a d’ailleurs un grand nombre de films qui auraient pu se retrouver dans ce Top, ainsi, je tiens à souligner les réussites que sont WOLF OF WALL STREET, GRAVITY, NOAH, TRANCE ou encore DIEGO STAR. Il faut aussi rappeler que ma « liste de films à voir » est immense, ainsi, je ne peux juger et comparer les possiblement grands films que sont LA GRANDE BELLEZZA, INSIDE LLEWYN DAVIS, TEL PÈRE, TEL FILS, HER, L’INCONNU DU LAC, STRAY DOGS, GRAND CENTRAL, etc. Finalement, et je comprends que ce point est arbitraire, nous avons décidé ici à Point de Vues de ne pas inclure les films « de 2012 » sortis en 2013 au Québec. Ainsi, ZERO DARK THIRTY, SPRING BREAKERS, MUD, LA CHASSE et tant d’autres ne sont pas éligibles, mais ce sont tous de grands films également dont je vous recommande fortement le visionnement. Sur ce, j’espère que cette liste pourra vous être utile, si jamais vous cherchez un excellent film à voir.

Bon cinéma!

10 blackfish

10. BLACKFISH

Gabriela Cowperthwaite | États-Unis | 83 min | Documentaire

Un documentaire qui se vit comme un film d’horreur, un film qui est présenté à la façon des portraits de tueurs en série; on y suit l’évolution de Tilikum, un épaulard victime/agresseur, qui malheureusement vaut bien trop cher auprès des cirques aquatiques pour qu’on le libère. L’ironie du documentaire provient de l’appellation de l’espèce en anglais, un killer whale. Au travers du portrait de cet épaulard qui a tué plusieurs entraîneurs de ces parcs, souvent devant un public horrifié, on questionne le besoin qu’éprouve l’homme de capturer ces animaux définitivement sauvages et pourtant très intelligents — peut-être même plus que nous — et de les enfermer dans des petits espaces à des fins de divertissements. Est-ce que le monstre ici n’est pas SeaWorld? Cette entreprise qui cache la vérité aux nouveaux entraîneurs et blâme le mauvais jugement des victimes de cette baleine tueuse, afin de préserver sa réputation et continuer les numéros extrêmement dangereux en compagnie de ces bêtes de quelques tonnes. Il faut voir comment Tilikum a été arraché à sa famille étant très jeune, avant de se faire retirer ses propres enfants des années plus tard, dans le but bien sûr de distribuer les mâles dans les différents cirques aux quatre coins du monde. Les nageoires de la mer, en somme, version réelle.

9 gloria victoria

9. GLORIA VICTORIA

Theodore Ushev | Canada (Québec) | 7 min | Animation

Un grand petit film, une explosion grandiose d’idées et d’images condensées, une cadence militaire affirmant la maîtrise du médium par Theodore Ushev. Vu en 3D en salles, où les différentes couches de l’animation se séparaient, donnant la possibilité de pénétrer véritablement dans le petit univers de rouges et de jaunes à tendance armée rouge, d’inspiration soviétique, revu en haute définition gratuitement grâce au site web de l’ONF, ce petit bijou m’épate toujours autant. Un mouvement de Shostakovich est utilisé dans ce court évoquant un segment de FANTASIA en plus énergique. La vie, la guerre, la mort, les grands thèmes se succèdent; les traits de crayons évoquent tantôt l’animation, tantôt le feu. Au royaume des couleurs, les idées triomphent.

8 why don't you play in hell?

8. WHY DON’T YOU PLAY IN HELL? (JIGOKU DE NAZE WARUI)

Sion Sono | Japon | 126 min | Comédie

Un film super cool et déjanté, le p’tit dernier de Sion Sono m’est apparu comme une véritable oasis de fraîcheur et de passion dans une année parfois morne. Ode au cinéma rappelant un SUPER 8 de J.J. Abrams, le film suit les mésaventures d’une petite troupe de cinéastes qui s’appellent les Fuck Bombers! avec un point d’exclamation s’il-vous-plaît. Ces jeunes adulescents fringants parcourent l’archipel en patins à roulettes, caméras super 16 au poing à la recherche de sujets à filmer. Sion Sono leur sert gangs de yakuzas, samouraïs et jolies femmes et aussi l’actrice culte d’une publicité de dentifrice. Extension logique de son LOVE EXPOSURE, l’enfant terrible du cinéma japonais livre un film surprenant qui est beaucoup moins superficiel que ce que l’on pourrait croire.

7 vic + flo

7. VIC + FLO ONT VU UN OURS

Denis Côté | Canada (Québec) | 95 min | Drame, comédie noire

Film cruel, maîtrisé, mathématique (d’où le + du titre), cette retraite invoque le meilleur d’Apichatpong Weerasethakul. Là où le réalisateur thaïlandais évoquait la maladie tropicale, le cinéaste québécois parle ici du mal du pays. Denis Côté n’a jamais été aussi émouvant et humain. Ses deux personnages principaux, un couple merveilleux à l’écran, gagnent notre sympathie. En voilà une (autre) belle histoire d’amour. C’est parce qu’on y croit, parce qu’on les aime, ces Vic et Flo, que la dernière partie est si puissante. D’une photo sublime et ponctuée de rythmes africains (?) toujours justes, cette proposition est peut-être la plus accessible de Côté. Ceux qui s’y risqueront cependant n’en sortiront pas indemnes. Côté au sommet de son art.

6 before midnight

6. BEFORE MIDNIGHT

Richard Linklater | États-Unis | 109 min | Comédie romantique, drame

Leçon de cinéma, ce film de Linklater étonne par la retenue de son metteur en scène. Ici, on évacue toute décoration filmique afin de ne laisser que l’essentiel; deux acteurs, ici totalement en contrôle. Ces personnages plus vrais que nature, auxquels les acteurs confèrent même quelques épisodes de leur propre vie, sont tour à tour attachants et repoussants. On n’a pas l’habitude de voir au cinéma des personnages complets et crédibles, humains et spontanés. « L’histoire » ici a bien peu d’importance. Ce qu’il faut vivre, être témoin de, c’est ces ballades dans les rues de la Grèce en ruines, comme ce couple qui tente tant bien que mal de maintenir les pierres en place. Le temps a fait son œuvre, est-ce que l’amour peut en triompher? Au final, c’est le 7e art qui en sort gagnant, avec une dernière séquence époustouflante, graduelle et inoubliable.

5 upstream color

5. UPSTREAM COLOR

Shane Carruth | États-Unis | 96 min | Drame

Une expérience sensorielle et sensible, ce deuxième film (seulement!) de Shane Carruth lorgne du côté de la science-fiction voire même de l’expérimental. À mi-chemin entre un Malick ou un Zeithlin, ce film est écrit, réalisé, filmé, monté, composé et joué par Shane Carruth. Après un film volontaire complexe et opaque, Carruth nous offre ici une histoire toute simple et claire; la romance de deux êtres fragmentés, brisés, qui trouvent un peu de réconfort dans ce monde stérile. Godard disait que tout film était constitué d’un début, d’un milieu et d’une fin, mais pas nécessairement dans cet ordre-là, Carruth lui nous montre qu’un début peut être la fin, et que la fin peut être le début. Un film circulaire auquel on se plaît à revisiter l’univers. En espérant ne pas attendre une autre décennie pour son prochain film.

4 norte

4. NORTE, THE END OF HISTORY (NORTE, HANGGANAN NG KASAYSAYAN)

Lav Diaz | Philippines | 250 min | Drame

Un grand film de la part d’un cinéaste encore trop peu discuté dans les milieux cinéphiles. NORTE, la fin de l’histoire, la fin de la morale. On suit plusieurs personnages, notamment Fabian, intellectuel charismatique qui en a assez des idéaux et débats sans conséquences qui s’échangent autour d’un café ou d’une bière entre amis. Inexplicablement, Fabian commet un meurtre. Cherche-t-il l’attention, veut-il goûter au pouvoir d’enlever une vie humaine, le film ne donne pas de motifs clairs. Pourtant, on ne peut s’empêcher d’être fasciné par ce personnage, c’est donc dire la prouesse de l’acteur Sid Lucero. Grand esthète, Lav Diaz compose ses plans comme des tableaux mouvants; de subtils travellings orientent notre regard, le vent dans les herbes, celui qui soulève les draps… nous sommes témoins d’une leçon de composition et de montage. Film exigeant de par sa durée, il se laisse néanmoins apprécier comme on savoure un long roman-fleuve. Littéraire mais pas figé, théâtral mais pas artificiel, NORTE est un monument du cinéma. Si seulement le reste de sa filmographie nous était dorénavant accessible!

3 grandmaster

3. THE GRANDMASTER[S] (YI DAI ZONG SHI) *version chinoise

Wong Kar-wai | Hong Kong, Chine | 130 min | Romance, arts martiaux, wuxia, drame

Déjà, il faut spécifier quelques détails pour ce film à la sortie controversée. Le titre anglais s’écrit sans « s », ce qui trahit l’esprit du titre chinois. Pourquoi ce changement? Simplement parce que le distributeur américain (la Weinstein Company) souhaitait simplifier le film, qui à la base traçait le portrait croisé de quatre maîtres d’arts martiaux afin de se concentrer uniquement sur le personnage de Yip Man. Ainsi, le montage a été remanié, amputé de plusieurs scènes, agrémenté d’intertitres expliquant le passé des personnages. Je n’ai pas vu la version américaine, mais j’ai entendu quelques histoires d’horreur par rapport aux changements apportés. THE GRANDMASTER[S] donc, c’est un retour formidable de Wong Kar-wai aux commandes après une tentative plutôt ratée de s’exporter aux États-Unis. C’est simple, la méthode de travail du cinéaste n’est pas compatible avec les tournages intenses, courts et dispendieux de l’Amérique. Pour ce wuxia (le plus grandiose depuis TIGRE ET DRAGON, le plus beau depuis HÉROS), WKW jumelle son alter ego Tony Leung à la sublime Zhang Ziyi. Candidat sérieux au film le plus beau de l’année, l’histoire d’un homme solitaire esclave de sa volonté de perfectionner son art s’inscrit dans ces amours manqués qui ont marqué l’œuvre du cinéaste. Un film sur la mémoire, sur l’imagination, les fantasmes que l’on s’invente, mais aussi sur l’art que l’on pratique, sur la maîtrise de nos corps, de nos techniques. Un film où le mouvement est central, la verticalité l’emportant sur l’horizontalité, où le ballet des corps n’a d’égal que la fluidité de la caméra qui capte des décors baroques et sublimes, des acteurs virtuoses et accoutrés des plus beaux habits. Le plus noble combat, c’est sans doute de se battre pour son art.

2 l'étrange couleur

2. L’ÉTRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS

Hélène Cattet & Bruno Forzani | Belgique, France, Luxembourg | 102 min | Giallo, expérimental, surréaliste

Quel film coup de poing! Une expérience cinématographique comme on en fait peu; un concert d’expériences visuelles ET auditives qui trace sa propre histoire(s) du cinéma. Si Godard fait appel à notre mémoire et notre affect, Cattet et Forzani sondent notre subconscient et inondent notre psychée. Ce film à la prémisse volontairement simple, un homme cherche sa femme disparue, est l’occasion de faire le récapitulatif des techniques de cinéma. À l’heure où la pellicule est devenue un artéfact, le duo use de moult effets spéciaux de manière audacieuse et cruelle. Tel un cauchemar duquel on ne peut s’échapper, les mêmes icônes, les mêmes symboles reviennent encore et toujours, un couteau, des gants de cuir, un corps de femme violée, une chambre sombre. Forcément un film divisant l’opinion critique et populaire, L’ÉTRANGE COULEUR s’adresse à ceux qui n’ont pas froid aux yeux, à ces cinéphiles qui privilégient autant l’expérience que « l’histoire ». C’est tout simplement du jamais vu, du jamais vécu. Le genre de film qui vous blesse et vous laisse une cicatrice comme témoin d’un visionnement dangereux. Un film qui vous rend plus fort, en somme.

1 la vie d'adele

1. LA VIE D’ADÈLE

Abdellatif Kechiche | France, Belgique, Espagne | 179 min | Drame, romance, coming-of-age

Je serais bien tenté de reprendre les mots de mon collègue Olivier Bouchard, tout a été dit sur ce film-évènement. Ou alors de vous diriger vers la critique-fleuve de mon autre collègue Sami Gnaba, qui est tombé définitivement sous le charme de cette Adèle, symbole de la jeunesse, de l’innocence, de la vigueur; Adèle comme une icône, Adèle fontaine de jouvence, Adèle comme découverte du sexe. Qu’est-ce qu’on en a parlé de cette fameuse scène! Comme si les femmes n’avaient pas le droit au plaisir, comme si le sexe était réservé exclusivement au X, beau portrait et beau message à envoyer à notre jeunesse. « Si vous voulez apprendre le sexe, vous n’avez que la pornographie »! Il faut bien sûr aller au-delà de ces quelques dix minutes (sur un film de trois heures!) pour se rendre compte qu’on fait face à l’une des plus grandes histoires d’amour qu’à porté le cinéma, pourtant le royaume des Roméo et Juliette et des Charlots et Merna. Bien plus qu’un guide sur le sexe, c’est un roman sur l’amour qu’accomplit Kechiche, qui aime ses personnages comme un père aimerait ses enfants. Amoureux, Kechiche l’est de son actrice, Adèle Exarchopoulos, si bien qu’il a changé le nom du protagoniste de la bande dessinée qui est à l’origine du film. Son amour est palpable, la caméra caressant la figure d’Exarchopoulos dans un rôle qui fait d’elle une star du jour au lendemain. Léa Seydoux, bleutée et espiègle, regarde Adèle comme un chat; leurs amours félins seront tantôt impulsifs, tantôt calculés. Dans ces hauts et ces bas, une fille devient femme, un film devient chef-d’œuvre.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

sondage

%d blogueurs aiment cette page :