Top 10 de Pascal Plante

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27 décembre 2013 par Pascal Plante

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Dix films, c’est peu. Trop peu. Je tiens à mentionner deux films québécois magnifiques qui ont frôlé cette sélection, soit LE MÉTÉORE de François Delisle et VIC + FLO ONT VU UN OURS de Denis Côté.

Allons-y!

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10. NORTE: THE END OF HISTORY (NORTE, HANGGANAN NG KASAYSAYAN) 

Lav Diaz | Philippines | 250 min | Drame

Film qui en vaut deux en longueur mais au moins quatre en consistance, NORTE fut mon entrée en matière de Lav Diaz, cinéaste estimé mais secret, expert des films-fleuves humanistes. Il met en scène Fabian, un jeune homme politisé, cultivé, mais à la dérive, qui se trouve au cœur d’un crime et du poids de ses conséquences. Ouvertement inspiré du CRIME ET CHÂTIMENT de Dostoïevski, NORTE est pourtant très loin d’un film « littéraire », tant il est cinématographique avec ses magnifiques plans larges du paysage philippin, avec ses mouvements de caméra gracieux, avec sa composition photographique impeccable, avec son traitement sonore inventif, et j’en passe. Tout dans ce film est un argument favorable qui témoigne de la maitrise artistique d’un cinéaste unique, en pleine possession de ses moyens.

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9. DALLAS BUYERS CLUB 

Jean-Marc Vallée | États-Unis | 117 min | Drame

Il faut se pincer de longues minutes durant pour réaliser qu’il s’agit bel et bien de Matthew McConaughey dans le rôle principal de Dallas Buyers Club. Tsé le gars qu’on avait vu en chest musclé et huilé dans une bonne demi-douzaine de comédies romantiques insipides? Ok… il a changé de registre. Transformation réussie! Puis, plus tard, il faut à nouveau outrepasser notre incrédulité à la rencontre de la transsexuelle incarnée par Jared Leto, lui aussi parfait dans sa métamorphose et dans son interprétation. DALLAS BUYERS CLUB est donc une ode à l’acteur, un film qui pose le style distinctif plastique de Jean-Marc Vallée au profit absolu de ses deux têtes d’affiche. Un film sobre sans pour autant être austère, DALLAS BUYERS CLUB se penche sur l’époque sombre, pré-mort-de-Freddy-Mercury, caractérisée par une ostracisation généralisée des personnes atteintes du VIH. Malgré son côté intimiste, le film trouve tout de même l’ambition de s’attaquer à une problématique macro-économique autour de la Federal Drug Association (FDA) et de la controverse autour de l’approbation contrôlée de médicaments par les lobbys pharmaceutiques. Les personnages de McConaughey et de Leto, réactionnaires à ce non-sens, décident qu’ils ne se contenteront pas de mourir en rats de laboratoires à ciel ouvert. Il fait beau de voir la transformation d’un être misogyne et homophobe en un Robin des Bois des temps modernes, puisque cette évolution psychologique ne sombre jamais dans la mièvrerie. Un film vrai, auquel il faut avoir un cœur de pierre pour rester insensible.

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8. STRAY DOGS (JIAO YOU) 

Tsai Ming-liang | France, Taïwan | 138 min | Drame

Film radical, typique d’un cinéma de la patience, STRAY DOGS de Tsai Ming-liang est le film le plus dur cette année. Dévastateur, en effet, dans son portrait d’une famille qui peine à joindre les deux bouts, anonyme dans la jungle urbaine de Taipei. Il est ce film qui donne une voix à tous ces gens que nous ne regardons même plus, ces gens qui quémandent et qui nous importunent, ces gens qui, eux aussi, aspirent au bonheur. STRAY DOGS nous force à contempler leur misère, sans artifice, sans flafla, pour nous assurer qu’au moins nous puissions retrouver une certaine empathie humaine pour nos confrères moins fortunés; empathie qui semble s’être perdue quelque part au tournant du nouveau millénaire. Certaines images de STRAY DOGS, souvent soutenues de longues minutes durant, s’impriment au fer rouge dans notre esprit. J’ai la nette impression qu’elles ne me quitteront jamais.

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7. THE DIRTIES 

Matt Johnson | Canada | 80 min | Drame

Le cinéma canadien-anglais peine à trouver un vocabulaire bien à lui, distinct du cinéma de nos voisins du Sud. Pourtant, THE DIRTIES est en quelque sorte LE film canadien par excellence, car il n’aurait tout simplement pas pu être fait aux États-Unis en raison de son traitement audacieux des tueries dans les écoles. Vous imaginez-vous aller au Colorado avec votre petite équipe de cinéma et demander au directeur d’une institution scolaire de laisser tourner un film dans lequel on sympathise avec le tireur? Ça n’aurait pas passé. C’est pourtant ce que le noyau créatif soudé de l’équipe de THE DIRTIES a fait, sous les radars, à microbudget, en banlieue de Toronto. THE DIRTIES est un film important car il complexifie l’enjeu en évitant le portrait cliché du meurtrier, qui, dans un film américain inférieur, aurait été dépeint comme un asocial nourri aux jeux vidéos violents et à la musique de Megadeth… au diable tout ça! Le monde n’est pas noir et blanc, même en lumière d’événements aussi tragiques. Le personnage incarné par Matt Johnson (réalisateur, et personnage principal du film) est un geek allumé, vif, charismatique, et drôle (pour ne pas dire hilarant). Le genre de gars avec lequel on aimerait prendre une bière et jaser de tout et de rien une nuit durant. Voilà ce qui est dérangeant. Voilà ce qui hante notre esprit longtemps après que le film soit terminé. Voilà ce qui en fait un grand petit film, qu’il faut absolument voir.

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6. LA VIE D’ADÈLE 

Abdellatif Kechiche | France, Belgique, Espagne | 179 min | Drame, Romance

Je n’ai pas la prétention d’avoir quelque chose à ajouter sur le film qui a sans doute fait couler le plus d’encre cette année. Je dirai simplement qu’il mérite les fleurs, mérite sa Palme d’Or, mérite le quasi-consensus critique dont il jouit. Il est si puissant qu’il aura tôt fait de taire le tapage autour de sa production houleuse. Un point d’exclamation, une épopée romantico-sexuelle plus vraie que vraie, un film-choc de trois heures qui passent comme un éclair, LA VIE D’ADÈLE est tout ça, et bien plus. Il est la célébration du visage des actrices, dans leur beauté la plus crue, et il est la consécration de Kechiche, l’artiste.

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5. WHY DON’T YOU PLAY IN HELL? (JIGOKU DE NAZE WARUI) 

Sion Sono | Japon | 126 min | Comédie, Action

Au terme de WHY DON’T YOU PLAY IN HELL?, j’avais clairement 12 ans. 12 ans car je n’étais pas capable d’articuler mon appréciation du film autrement qu’en disant : « C’était crissement badass! ». Je me suis senti comme la première fois où j’avais écouté RESERVOIR DOGS ou SNATCH, il y a de ça une douzaine d’années. Cette orgie juvénile signée Sion Sono (qui a d’ailleurs écrit le scénario il y a 17 ans), mêle des cinéastes amateurs à des yakuzas dans un récit aussi improbable qu’imprévisible. Il fonctionne particulièrement bien car il joue avec une certaine nostalgie qui titille le cinéphile naïf terré au creux de chacun de nous. Le mandat est clair : offrir un tout dynamique, hautement divertissant et délicieusement pervers. Heck… comment ne pas aimer un film qui met en vedette un protagoniste qui a un t-shirt « Cannes » avec un Oscar dessus? (Voir la merveilleuse image n’importe quoi ci-haute). Le plus grand fun que j’ai eu au cinéma cette année!

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4. LA GRANDE BELLEZZA 

Paolo Sorrentino | Italie, France | 142 min | Comédie dramatique

Le voyage surréaliste dans la Rome décadente de Sorrentino fut l’une des expériences cinématographiques les plus complètes cette année. Œuvre massive qui stimule tous nos sens, LA GRANDE BELLEZZA est, comme son titre l’indique, un film d’une beauté saisissante, qui allie un adroit jeu de caméra à des décors opulents, baroques, magnifiques. Le protagoniste, Jep, est un intellectuel misanthrope, cynique et blasé. Un homme que nous aimerions éviter à tout prix dans la vie. L’oncle chiant dans un party de famille. Pourtant, au cœur de cette satire sur la vieille Europe, Jep, quoiqu’égaré, devient un personnage fascinant. Le film utilise justement cet égarement comme carburant. Il divague allègrement dans un collage jouissif de plaisirs oisifs. Pourtant, au terme de ce voyage étourdissant, en apparence superficiel, on en vient à réfléchir sur le sens de la beauté, et, oui oui j’ose le dire, sur le sens de la vie. Une œuvre monumentale.

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3. BEFORE MIDNIGHT 

Richard Linklater | États-Unis | 109 min | Drame, Romance

Un film qui semble avoir été écrit pour chacun d’entre nous, personnellement, tant il résonne sincèrement au sein de notre propre vécu, BEFORE MIDNIGHT est plus complexe, plus mature et plus maîtrisé que ses deux prédécesseurs, BEFORE SUNRISE (1995) et BEFORE SUNSET (2004). Bon… moins romantique, peut-être. Plus dur, plus cinglant, plus cynique, certes, mais sans pour autant être dénué d’espoir et de vérité. Mené par deux prestations magistrales, qui ne peuvent exister qu’en coexistant, BEFORE MIDNIGHT est thématiquement si riche qu’il alimente et bonifie notre vision des relations amoureuses, car il évite systématiquement les pathos clichés qui pullulent comme la peste au sein des films dits « romantiques ». Un film à garder précieusement; un cadeau que l’on peut chérir et qu’il fait bon de partager, surtout avec sa douce moitié, et ce, une vie durant.

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2. THE WOLF OF WALL STREET 

Martin Scorsese | États-Unis | 180 min | Comédie dramatique

More. More! MORE!!! À 71 ans, Scorsese nous prouve qu’il n’a pas perdu une once de sa fougue tant WOLF OF WALL STREET est un film gueulard, vulgaire, exubérant, un film d’excès, un film du « trop ». Il combine l’énergie brute d’un réalisateur à l’aube de sa carrière avec la sagesse d’un réalisateur qui en est à son crépuscule. Les détracteurs pourront reprocher au cinéaste de ne pas se renouveler, d’offrir un opus trop similaire à un GOODFELLAS ou à un CASINO, et j’aurais penché de ce côté si ce n’était d’un fait extrêmement important : WOLF OF WALL STREET est une comédie pleinement assumée; un film qui se rit de son créateur autant qu’il se rie de ses sujets. Pour la première fois de sa carrière, Scorsese « parodie » en quelque sorte Scorsese, et prouve qu’il est de loin le meilleur faussaire. Les gangsters romantiques au bushido bien défini sont devenus des personnages vils, grotesques et obscènes. Comme un « soldat » qui fait la guerre à partir d’un bureau, drone au bout des doigts, le « gangster » de WOLF OF WALL STREET opère à distance, sans contact avec les conséquences du mal dont il est l’instigateur. Il troque son révolver par son téléphone. Il vit dans un perpétuel fantasme. Fantasme qui devient dégoûtant, car il nous pourrit de l’intérieur et pervertit (disproportionne) notre définition du plaisir, de l’amour, de l’amitié… de tout ce qui compte réellement. Car l’argent, dans WOLF OF WALL STREET, n’est qu’un amas de données dans un ordinateur… fugazi, comme l’annonce d’entrée de jeu le personnage-prophète interprété par McConaughey.

PS J’ai volontairement mis une image quasi identique à celle de LA GRANDE BELLEZZA, car il va sans dire que les films offrent des similarités certaines… même si, chose étrange, les deux œuvres ne se neutralisent pas, au contraire!

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1. LE PASSÉ 

Asghar Farhadi | France, Italie | 130 min | Drame

Sans faire de mauvais jeux de mots, LE PASSÉ m’a dépassé. L’intelligence d’Ashgar Farhadi m’a dépassé. Son humanité, sa lucidité, sa mise en scène précise et son talent de scénariste m’ont dépassé. UNE SÉPARATION était mon film favori de l’année en 2011, et aujourd’hui ce deuxième coup de maître permet au cinéaste iranien de trôner une fois de plus au sommet de mon palmarès personnel, le plaçant donc instantanément parmi les réalisateurs incontournables contemporains; les essentiels à la cinématographie mondiale.

S’ajoutant à la longue liste de réalisateurs iraniens qui s’exilent de leur pays pour pratiquer leur métier, probablement en guise de protestation contre l’affaire Jafar Panahi, Farhadi a la difficulté augmentée de tourner dans une langue qu’il ne maîtrise pas… et il s’en sort indemne! Bérénice Bejo (sublime dans le film) dira en entrevue qu’ils se parlaient très peu sur le plateau, mais qu’ils se comprenaient, se devinaient. Il faut dire qu’Ashgar Farahdi a un modus operandi bien à lui, qui consiste à répéter le film pratiquement aussi souvent qu’en préparation à une pièce de théâtre. L’exploration avec les comédiens est faite à ce stade pour que l’intention dramatique soit rodée au quart de tour durant le tournage. Le film ne devient pas stérile pour autant; il demeure naturel, frais et spontané… du moins, aux yeux du spectateur!

Encore une fois, les relations conjugales en crises et les relations parents-enfants tendues sont mises de l’avant dans LE PASSÉ. Ces thèmes sont explorés au microscope à travers la gamme complète de gris, ce qui en fait un film vaste, un film riche, un film qui résonne profondément chez nous. Le film de l’année pour moi, voilà!

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