Responsabilité cinématographique

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17 novembre 2013 par Olivier Bouchard

limagemanquante

L’IMAGE MANQUANTE, c’est, d’abord et avant tout, une leçon de responsabilité par rapport à l’image cinématographique. Alors que le cinéma politique – documentaire ou non – capitalise fréquemment sur des effets-chocs qu’il prétend justifier par son propos, le dernier film de Rithy Panh est politisé, certes, mais pose un regard lucide sur les atrocités commises par les Khmers rouges sans y forcer d’affects. Le réalisateur, qui traite ici le sujet clé de sa filmographie par sa propre histoire autobiographique, s’intéresse plutôt à sa capacité à vivre avec de tels souvenirs qu’à faire une leçon de morale au spectateur. Le film ne fait qu’en gagner en pertinence.

Le point de vue est grandement personnel : Panh raconte son enfance vécue dans les camps de travaux organisés par les Khmers. Ses souvenirs qui précédent les atrocités, il les évoque que très rapidement pour, finalement, y revenir plus tard. Le tout est mis en scène avec de petites statuettes en terre cuite de sorte que les humains ne seront présents dans le film que lorsqu’il sera question de l’acte de reconstruction de l’histoire. Ce que le film présente, c’est le passé qui a, maintenant, un caractère informe. L’utilisation des dites figurines démontre adroitement et froidement la perte de l’individu opéré par le régime khmer rouge. Celles-ci se ressemblent tous et ne gagneront qu’en individualité que par leurs souffrances ou, pire, quand elles seront des bourreaux. Par le fait même, Panh réussit à mettre en scène le caractère insidieux de la violence qu’il a vécue dans son enfance. Il évite de capitaliser sur la douleur physique, sans que celle-ci soit complètement effacée, pour se concentrer sur les effets psychologiques et moraux de son passé. C’est ainsi que, par exemple, l’acte d’un enfant qui dénonce sa propre mère aux autorités apparait, comme il se doit, tout aussi insupportable que la maladie et la famine qui s’installent dans les camps.

Plus tard, le réalisateur mettra en scène une autre vie. Celle d’avant, celle d’après, mais aussi celle fantasmée, celle qui permet de survivre la douleur. Il bute ici à un mur qu’il s’est construit lui-même. Les personnages, déjà déshumanisés, sont incapables d’enfin prendre vie. Les passages oniriques apparaissent vides tout comme le sont les images du Cambodge qui reprend vie après les Khmers rouges. Panh semble y être moins assuré, plus flou.

Peut-être que l’objectif est là. Si les Khmers rouges et le communisme ne sont plus explicitement le pays – à ce point que leur histoire n’est pas automatiquement enseignée dans les écoles –, l’idéologie reste. Cette idée qui, à tout moment, peut tourner une part d’un peuple en bourreau et, l’autre part, en esclave, sans que le monde s’arrête ou s’insurge. L’IMAGE MANQUANTE représente cette idée comme intégrante à la société contemporaine au Cambodge comme partout ailleurs. Si la violence n’est plus ce qu’elle était, les cicatrices psychologiques restent et, à tout moment, sont prêtes à réapparaître.

7

L’Image manquante – 2013 – 90 min – Cambodge, France – Rithy Panh

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