Polar en haute altitude

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20 octobre 2013 par Sami Gnaba

amour est un crime

Le film s’ouvre sur une route sinueuse, au bord des montagnes enneigées. Une voiture avance dans la nuit pour arriver à destination, le chalet du protagoniste, Marc, où il est accompagné par une de ses jeunes étudiantes, Barbara, éprise de lui et de toute évidence soule. Quelque chose de très mystérieux s’agite dans ses premières images. Quelque chose d’étrange nous interpelle : sommes-nous plongés dans la réalité, ou le rêve? Quelques minutes plus tard, le personnage du professeur avouera son somnambulisme. Ce qui n’est en rien réconfortant maintenant qu’on sait que l’étudiante avec qui il a couché a disparu. Justement, L’AMOUR EST UN CRIME PARFAIT prend un malin plaisir à laisser ses interrogations en suspens, mise beaucoup sur l’ambiguïté de son protagoniste, du coup le spectateur remodèle sans cesse son regard sur lui… Quand ce n’est pas l’inspecteur qui le traque discrètement dans les couloirs de l’université où il enseigne (un personnage à part entière, tout en verre et ponts enchevêtrés) où il enseigne, c’est la mère de la disparue qui vient le visiter, attisant les feux d’une passion amoureuse qui ne tardera pas à venir ‒ un peu trop précipitamment, se dit-on.

En adaptant le livre de Philippe Dijan (INCIDENCES), les frères Larrieu importent un genre foncièrement américain, le polar et ses codes, dans les confins montagneux de la Suisse. Le résultat à la fois drôle, morbide et troublant s’avère d’une liberté, d’une maitrise à toute épreuve. La sensation du roman elle est particulièrement palpable dans l’atmosphère opaque puisée dans les sublimes paysages montagneux environnants qui nous renseignent beaucoup sur la personnalité intérieure de son personnage central (contrepoint visuel aux idées énoncées dans les ateliers d’écriture de Marc). Seules les quelques fausses notes dans l’interprétation viennent gêner la réussite, principalement chez Maïwenn, peu à l’aise dans le registre de la « femme fatale » éplorée. En revanche, en étudiante moderne prête à tout pour coucher avec son prof, Sara Forestier impressionne.

Comme principale figure à cette aventure sulfureuse, les frères Larrieu ont opté encore une fois pour Mathieu Amalric, incontestablement l’acteur le plus passionnant dans tout le cinéma français. Toute l’énigme, la douceur et la malice du film sont à extraire dans sa première apparition sur l’écran. Son regard doux néanmoins empreint d’un mélange de nervosité et d’une bonne dose de malice donne le ton, très juste, à ce qui suivra. Captivant, l’acteur est à l’image du film qu’il porte sur ses épaules; un monde complexe, glissant ‒ tiraillé entre l’innocence et la culpabilité, le rationnel et l’irrationnel ‒ qui fascine et aspire sans lâcher prise. Si la piste de l’intrigue policière demeure cruciale dans le récit, le film la traque par la bande, toujours indirectement. Ce qui risque de déstabiliser certains spectateurs au passage. Ses coréalisateurs au lieu cherchent à détailler un univers brumeux en toute cohérence avec le personnage, où on ne saisit pas complètement les motivations ou les actions des personnages rencontrés, et dans lequel on avance presque par glissements (la référence au ski est loin d’être gratuite). Les repères temporels se flouent (séquence surréaliste du party et de l’arrestation ultérieure), l’atmosphère noire s’épaissit (qu’est ce ravin vers lequel il retourne sans cesse dans les montagnes, la relation familiale malsaine…), les fantômes du passé ressurgissent, jusqu’à converger vers un dénouement trouble, voire double. D’une part la piste de l’enquête policière est finalement résolue et de l’autre, le film, jusque-là essentiellement tourné vers l’extérieur et les paysages (cinégéniques à mort!), trouve voie vers l’intériorité abîmée de son protagoniste… vers ses vérités les plus intimes. Dans ses derniers instants, comme dans n’importe quel polar, L’AMOUR EST UN CRIME PARFAIT laisse tomber les masques pour se conclure dans un émouvant dernier plan, hanté tour à tour par la trahison, la culpabilité et l’amour impossible.

7

L’Amour est un crime parfait – 2013 – 110 min – Suisse, France – Arnaud Larrieu et Jean-Marie Larrieu

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