L’ennui

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20 octobre 2013 par Olivier Bouchard

budori

C’est son effroi face aux récents désastres qui ont frappé le Japon que le réalisateur Gisaburo Sugii veut démontrer dans THE LIFE OF BUDORI GUSUKO. Le récit, tiré d’un roman des années 30, répond effectivement à ces événements et présente une métaphore d’actualité, mais sa transposition à l’écran est terriblement laborieuse, presque anti-cinématographique.

Avant d’établir les défauts qui entachent l’œuvre, il faut tout de même dénoter que la qualité de l’animation est très haute. Le studio Tezuka, responsable de la série télévisée ASTRO BOY, réussit amplement à créer des décors d’une beauté saisissante et des personnages typés à l’allure plutôt sympathique. Hormis plusieurs incrustations numériques plus malheureuses, l’animation est le point fort de BUDORI.

C’est pourtant bien le seul. Le récit, qui raconte l’histoire d’un jeune garçon, jusqu’à son âge adulte, dont la famille disparue lors d’une période de famine, n’a aucun point de repère. Passé l’introduction plutôt longue, l’impression d’une ligne directrice — le garçon serait à la recherche de sa famille disparue — s’efface, ladite famille semblant être assumée morte sans que cela soit évoqué, et le film se tourne alors vers des péripéties inutiles et insensées. L’intention de suivre l’œuvre originale est probablement cause de ces dernières, mais elles n’ont, au final, aucune incidence ni logique dans le contexte du film. Le protagoniste, lui, se laisse aller sans réellement prendre part à quoi que ce soit. Rarement il dit quoi que ce soit et, du coup, ses motivations sont indéterminables et, plus grave, il ne semble pas avoir quelconque sorte d’intériorité.

Le film n’est pas aidé par son absence de rythme. Ses sauts constants dans le temps et l’espace, dirigés sans constance et expliqués par une voix off, l’empêchent de se créer une continuité. Le temps y saccade constamment et la construction du récit verse vers l’épisodique. Cette structure n’est pas maitrisée, un grand nombre de passages semblants complètement superflus au récit très mince qui est présenté. Certains épisodes plus surréalistes laissent peut-être une belle part à l’animation, mais ils n’en sont pas moins inutiles et, par le fait même, ennuyants.

Dans tout ce brouillon se dessine lentement l’image d’une fable écologique. La métaphore fonctionne, mais il faudrait que le film qui la supporte fasse de même pour qu’elle prenne sa valeur. Pire, la fin du film ne semble répondre qu’à celle-ci, en oubliant le récit. Dans les faits, celle-ci clôt l’histoire racontée, mais elle est exécutée d’une façon expéditive telle qu’elle apparait alors complètement sortie de nulle part.

Le cinéma d’animation n’a pas à pâlir face au reste de la cinématographie. Plusieurs cinéastes ont prouvé à maintes reprises que les films d’animation possédaient le même pouvoir de profondeur que n’importe quel autre film. Ceci dit, pour pouvoir atteindre celle-ci, il ne faut pas se limiter qu’à l’aspect visuel du film. THE LIFE OF BUDORI GUSUKO réussit ce point mais oublie le reste et, par le fait même, oublie d’être un film. Le résultat n’est qu’une série d’épisodes insensés et ennuyeux.

4

Gusko Budori no Denki (The Life of Budori Gusuko) – 2012 – 106 min – Japon – Gisaburo Sugii

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