Le rêve

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17 octobre 2013 par Olivier Bouchard

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Il est rare de voir un film qui sait à la fois être posé et nous prendre par surprise. L’INCONNU DU LAC est un de ceux-là. En fait, pour un film qui touche à de tels sujets, avec une telle frontalité, la retenue démontrée est tout simplement hors-norme. Alors que d’autres cinéastes utiliseraient le même type d’image pour des effets-chocs, Alain Guiraudie reste calme et installe très lentement, mais avec une intelligence certaine, l’un des récits les plus marquants de l’année.

On est au sud de la France, sur une plage occupée par un groupe d’hommes homosexuels qui utilisent l’endroit pour la drague. Certains rêvent d’amour, d’autres y sont pour passer un moment en couple sans vivre les préjugés qui existent à l’extérieur et, encore, certains n’y sont que pour le sexe. Frank – le protagoniste – lui, vit le coup de foudre. Sans rentrer dans les détails, le film prend une tournure thématique qui permettrait de le qualifier sommairement de « Hitchcock chez les gais ». Ce serait tout de même terriblement réducteur malgré que, à l’image du maître, Guiraudie, sans nécessairement les prendre pour des idiots, joue avec les attentes du spectateur et, pourquoi pas, avec ses préjugés.

Le décor est bucolique. Tout y est toujours calme ou, à la limite, flegmatique. Guiraudie filme L’INCONNU DU LAC en entier comme un moment à part, détaché de la réalité hormis quelques apparitions passagères. Celles-ci sont oubliées aussitôt disparues. Elles menacent le calme établi, mais, si elles sont ignorées, elles finiront par disparaitre. Le temps au lac est reposé. C’est à partir de ça que le film surprend le plus, car, même lorsqu’il tourne au noir, il garde le ton. Il le tient, constamment, à l’image de son protagoniste, qui ne veut pour rien au monde quitter le rêve. Peut-être le rêve se transforme lentement en cauchemar, mais, quel est l’intérêt, l’un et l’autre se confondent et la distinction devient finalement sans importance.

Les scènes de sexes, très crues, ne détonnent même pas tant elles gardent le même rythme, le même air. La réalité de celles-ci – réalité souvent utilisée à tambours battants dans les campagnes publicitaires de films présentant ce type de scènes – apparait comme tout ce qu’il y a de plus normal, de plus attendu. C’est comme si la surprise d’assister à un film si singulier ne se comprenait qu’à postériori.

Guiraudie y montre une incroyable adresse à faire apparaitre un monde qui s’est marginalisé comme étant, dans cet espace précis, normalisé. Il le fait non sans humour, mais jamais avec condescendance. Sa noirceur, il l’introduit lentement, l’annonce l’air de rien, et la garde sous-jacente jusqu’à la fin.

Au passage il traite, sans trop appuyer, d’amour fou, d’égocentrisme et d’un nihilisme attaché, mais non exclusif, à la communauté queer. Ce n’est pas une critique, mais une observation plus universelle que le film peut laisser présager d’abord. Le rêve – ou le cauchemar, c’est sans importance – est alors ouvert sur le reste, malgré tout. Le lac n’est plus détaché du monde extérieur surtout que celui-ci a, de toute façon, commencé à réapparaitre de l’intérieur. Le film, avec brio, a fait son chemin.

8

L’inconnu du lac – 2013 – 100 min – France – Alain Guiraudie

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