Entre les lignes

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13 octobre 2013 par Olivier Bouchard

iloilo

En tant que gagnant de la Caméra D’Or au dernier Festival de Cannes, prix récompensant le meilleur premier ou deuxième film, ILO ILO d’Anthony Chen est un choix plutôt curieux. Se déroulant à Singapour pendant la récession économique qui frappa l’Asie à la fin des années 90, le film est bien souvent qu’une œuvre sociale banale, point par point.

On y raconte le récit d’une petite famille où l’unique enfant, plutôt instable, doit composer avec sa nouvelle nounou. Si la réalité sociale est représentée avec une certaine justesse, elle l’est tout de même de façon complètement systématique, trop cinématographique, ce qui en réduit le caractère. Ainsi, tout problème potentiel annoncé plus tôt arrivera sans contredit ensuite dans le film. De cette façon, le scénario apparait à la fois manipulateur, installant en douce les éléments qui le construiront plus tard, et préfabriqué, chaque péripétie étant annoncée d’avance.

La réalisation d’Anthony Chen ne surprend guère plus, restant majoritairement fonctionnelle, hormis lors de quelques passages plus impressionnistes. Ceux-ci ne sont peut-être pas introduits avec la plus grande assurance, mais ils révèlent tout de même une partie plus intéressante de l’œuvre. Dans ces moments, ILO ILO prend réellement son sens et affiche l’espace d’un instant son réel sujet.

C’est que, alors que la chute économique frappe la famille, il y a deux drames, plus humains, qui s’opèrent : celui de la nounou, séparée de sa propre famille à elle, et celui de l’enfant, délaissée par ses parents trop occupés par leur situation financière. Le plan d’ouverture, où le jeune s’automutile, en est un de ceux qui laissent entrevoir son intériorité et donne le ton au drame. Son instabilité, à la limite de l’insupportable, est en fait expliqué en filigrane par son rapport avec sa famille. L’évolution de sa personne se fait dans sa capacité à s’attacher à quelqu’un et, sur ce point, le film se fait efficace.

La nounou, de sa part, vient d’une réalité sociale différente. Celle-ci n’est évoquée qu’explicitement par des conversations téléphoniques où, évidemment, l’autre côté n’est jamais montré. Du coup, pour tout le film, elle est étrangère en son propre milieu. Les passages où, implicitement, elle affiche son origine dans un contexte qui n’est pas le sien sont ceux qui, en fait, en révèlent le plus sur son personnage.

Ce contexte, celui de la famille Singapourienne qui subit la crise, prend malheureusement trop souvent le pas sur ce qu’ILO ILO a d’intéressant. Il est parfaitement honorable, de la part d’Anthony Chen, de vouloir établir la situation, mais il s’attarde finalement plus longtemps à sa toile de fond qu’à ses personnages.

Si le cinéma social est créé à partir d’anecdotes représentatives – on pense à Umberto qui essaie de vendre constamment sa montre –, ILO ILO multiplie celles-ci jusqu’à ce qu’elles perdent leur valeur. Les difficultés financières qui préoccupent les personnages sont évoquées explicitement de plusieurs façons et, par la force, deviennent anecdotiques. C’est seulement lorsque celles-ci viennent faire réapparaitre le drame intérieur – chose rare qui arrive toutefois à quelques moments – qu’elles reprennent de leur sens.

Un premier film en demi-teintes, donc. D’une part, par sa fabrication, ILO ILO semble savoir où il veut nous mener, d’une autre part, on a l’impression qu’il se perd lui-même. Il y a un film plus surprenant, plus marquant qui apparait quelquefois, entre les lignes, dommage que celui-ci soit trop souvent caché par une formule préfabriquée de drame social.

6

Ilo Ilo – 2013 – 99 min – Singapour – Anthony Chen

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