Au nom du cool

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11 octobre 2013 par Paul Landriau

whydontyouplayinhell

Sion Sono est assurément un cinéaste qui aime surprendre. Véritable enfant punk, sa dernière proposition laisse sans l’ombre d’un doute transparaitre un amour évident du médium, mais aussi de l’acte de faire des films. Comme certain nombre de ses pairs, Takashi Miike en tête, Sion Sono passe aisément du film de série Z assumé (comme le farfelu et ridicule EKUSUTE, un film d’horreur sur des rallonges de cheveux démoniaques!?) au film plus personnel et ouvertement ambitieux comme le sensible LAND OF HOPE (KIBÔ NO KUNI, réponse à la catastrophe de Fukushima en 2011). Avec le recul, son magnum opus LOVE EXPOSURE (AI NO MUKIDASHI) s’impose de plus en plus comme la pièce maîtresse d’une œuvre disparate et atypique. Entremêlant des scènes loufoques, personnages colorés, de l’ultra-violence ironiquement cool et une liberté énergique que lui confiait les caméras numériques, ce film de quatre heures résume et annonce ce film déjanté, WHY DON’T YOU PLAY IN HELL? (JIGOKU DE NAZE WARUI) qui, comme un cercle qui se referme, récite Tarantino qui lui-même empruntait à gauche et à droite comme bon lui semblait dans la culture nippone tout ce qui lui semblait nécessaire à son KILL BILL.

Amalgame de son propre cinéma mais aussi du cinéma qui lui est cher, ce dernier film, qui ouvra la sélection 2013 de TEMPS Ø au 42e Festival du Nouveau Cinéma en raison d’un pépin technique, est un film aux prémisses ridicules mais traitées avec tant de respect et d’énergie qu’il ne peut qu’en résulter un film audacieux. Au contraire de nombreux films se voulant ironiquement mauvais, une sorte de clin d’œil déguisé au spectateur « on est cheap, pas vrai? », le film de Sion Sono propose à qui veut bien recevoir ce cadeau un voyage dans l’inconnu et dans le clownesque. S’ouvrant sur une pub ô combien typiquement nippone mettant en scène une jeune fille récitant une mélodie ridicule pour vendre du dentifrice, qualité visuelle lo-fi incluse, on laisse place au générique et à une série de personnages tous plus extrêmes les uns que les autres. Plutôt qu’être un simple élément absurde et non récupéré par la suite, la pub de dentifrice sera décortiquée, comprise et imbriquée dans toute une série d’évènements qui se dérouleront sur une dizaine d’années. Progression plus ou moins chronologique et interrompue constamment de flashbacks tantôt explicatifs tantôt loufoques, le film possède une richesse et un montage dynamisant un récit si fou qu’il n’en devient que plus charmant.

Une bande d’amis compose l’équipe des Fuck Bombers! (que l’on se doit de crier avec une conviction naïve), jeunes cinéastes amateurs qui rêvent de faire un chef-d’œuvre. Équipés de caméras 8mm, ils parcourent leur quartier à pied espérant trouver des sujets dignes d’intérêt. Le cinéaste placera bien sûr des personnages sur leur route, comme ses bandes de voyous dans une bagarre générale, qui sera par la suite chorégraphiée par ces mêmes Fuck Bombers! « Je suis le roi des dollies », se présente ainsi l’un de la bande « et moi le futur Bruce Lee! » nous raconte l’un de ces voyous qui se joint à la bande, attiré par l’appel du cinéma libre et sans contraintes financières. Plus tard, nous ferons connaissance avec deux gangs de Yakuzas qui bien sûr, se débattent la moindre parcelle de territoire pour des questions d’honneur et sans doute histoire de tuer le temps. De fil en aiguille et en morceaux de verre, ces personnages se retrouveront chacun dans la route de l’autre, jusqu’à un climax ultraviolent qui rappelle le chaos d’un SWORD OF DOOM (DAI-BOSATSU TÔGE) et l’exubérance bon enfant de Tarantino.

Potpourri d’un cinéma de seconde zone, WHY DON’T YOU PLAY IN HELL? est un film sans complexes et surtout, sans prétention. Il se laisse apprécier par ceux qui ne limitent pas l’excellence du cinéma dans le drame humain. C’est peut-être le film le plus drôle que j’ai vu cette année et l’un des plus imprévisibles. Irrévérencieux et sans comptes à rendre à qui que ce soit, Sion Sono est un cinéaste baveux au sens le plus appréciable du terme. Comme un groupe punk qui n’en a rien à battre de vos jugements sur leur esthétique. Comme une certaine liberté du cinéma qui ne s’engouffre pas dans un désir de plaire à l’élite intellectuelle. Un film intelligemment idiot.

8

Jigoku de naze warui (Why Don’t You Play in Hell?) – 2013 – 126 min – Japan – Sion Sono

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