(Re)découvrir la 3D

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8 octobre 2013 par Paul Landriau

cochemare

Alors que prend l’affiche l’exploration spatiale à couper le souffle GRAVITY d’Alfonso Cuaron, le Festival du Nouveau Cinéma nous propose un programme de courts-métrages utilisant, mais surtout réfléchissant l’usage de la 3D au cinéma, outil qui nous a été imposé tant bien que mal par les majors hollywoodiens ces dernières années. Jusqu’alors, il est vrai que son usage dans les films d’action ou d’animation était plutôt académique et sans surprises. On se remémore d’ailleurs avec un sourire en coin la vague de films d’horreur des années 80 usant de la nouvelle dimension presque exclusivement comme façon d’agiter couteaux et autres armes au nez du spectateur. Un outil révèle ses possibilités grâce aux artistes qui l’exploitent, et non aux artisans qui l’usent. En attendant L’ADIEU AU LANGAGE de Godard, cette séance est peut-être la façon la plus intéressante d’endurer des lunettes de plastique.

Sept films qui prennent autant d’approches différentes. Regroupés sous le titre de FANTASMAGORIES 3D, qui évoque le film d’animation d’Émile Cohl, pionner du médium, ces visions fascinent par leur usage de la 3D et éblouissent par leur univers distinct. En guise de « blockbuster », le film COCHEMARE du duo Chris Lavis et Maciek Szczerbowski, produit par PHI Films qui nous a déjà donné NEXT FLOOR ou encore HOPE, agit en tant que compagnon spirituel de GRAVITY. S’ouvrant sur une forêt enchantée et usant de nombreuses techniques différentes (le stop-motion, les couleurs négatives, les prises de vues réelles), le film frappe d’abord par son aspect visuel. Exploration de la féminité, proposition lyrique, le film s’inscrit dans la tradition d’excellence de PHI Films.

Proposition la plus contemplative du lot, THE SPARKLING RIVER de Félix Lajeunesse et Paul Raphael permet de se questionner sur les plans de paysages. Un peu à la manière d’Ozu, ce sont les plans de transitions qui apportent une certaine essence de la nature, quelque chose comme un temps perdu. Le scénario, voilé, aborde une équipe chinoise qui vient étudier une ferme, enfin je crois.

SOUVIENS-MOI de Joséphine Derobe souffre selon moi de son académisme et de la comparaison avec les autres courts présents. Le film semble peu bénéficier de l’apport de la dimension supplémentaire. Un homme dans la jeune trentaine revient sur les traces de son enfance et tente de retrouver l’esprit fugace qui l’animait alors.

Un trio de productions de l’ONF fait très bonne figure. IMPROMPTU de Bruce Alcock est un film très léger qui permet de se détendre un peu dans la séance. Un homme prépare à souper, mais le chaos de la vie s’en mêle alors qu’invités et amis s’ajoutent progressivement au repas, complexifiant sa préparation. Le film est surtout marquant par son style, très minimaliste. Chaque objet a la forme du doodle, une esquisse aux traits peu réfléchis. De plus, chaque objet est constitué d’une seule couleur, rendant l’ensemble facile à lire et agréable à l’oeil. L’important travail sonore rend crédible l’ensemble. Ode au vin et à la bonne franquette, le film ouvre l’appétit. LA FIN DE PINKY de Claire Blanchet pour sa part m’a plutôt laissé indifférent, question de goûts personnels. Sorte de film d’animation voguant du côté du film noir, cette histoire d’un Montréal de jadis peuplé de malfrats et de prostitués est narrée par Marc-André Grondin. Ambiance recréée avec soin et perspective libérée de son cadre rigide. Chris Landreth pour sa part étonne et surtout détonne avec son JEU DE L’INCONSCIENT, jeu télévisuel fantasmé représentant les moindres racoins de la mémoire de notre protagoniste qui cherche à se souvenir du prénom d’un ami qui vient de l’aborder. Profitant de la liberté de son sujet et d’une réflexion formelle sur les diverses formes de médias, Landreth reprend là où il nous avait laissés avec son excellent RYAN.

En guise de point d’exclamation, de pensée forte sur cette dimension nouvelle, le grand Theodore Ushev nous embarque en sept minutes condensées et riches dans un récit semi-abstrait et énergique à souhait. GLORIA VICTORIA évoque tour à tour le cubisme, Mondrian, l’école du Bauhaus et l’iconographie de guerre. À mi-chemin entre un McLaren et un Fischinger, la dimension de profondeur permet ici de déconstruire les différentes couches qui composent le film animé. Surchargé, le film d’Ushev possède de multiples plans qui s’harmonisent ou contrastent entre eux. Un gribouillis devient ainsi une figure vaguement humaine, tandis qu’un canon s’évanouit dans un nuage de points. Cadencé sur une marche militaire, le film est un festin visuel qu’on revisitera à plusieurs reprises.

Il me semble important de voir ce programme en salles et surtout dans sa dimension d’origine, car bien que quatre de ces films sont des productions de l’ONF, et seront ainsi disponibles sur le web dans un futur proche, c’est un programme qui se vit en salles. La forme est aussi sinon plus importante que le contenu, alors pourquoi se priver?

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