Top 10 2012 de Paul Landriau

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5 janvier 2013 par Paul Landriau

Qui dit nouvelle année dit forcément Top 10 de l’année précédente. Non? Alors vous n’êtes pas critique de cinéma. Pas que je me considère comme un professionnel à l’épreuve de tous reproches, mais plutôt comme un cinéphile averti et passionné, qui a eu la chance en 2012 de lancer un podcast dédié au 7e Art avec deux amis de longues dates. Pour la peine, j’ai donc vu plus de films au cinéma cette année qu’à mon habitude, parcouru quelques festivals, et vous livre ici les 10 films qui m’ont le plus marqué. Je rappelle qu’une telle liste est par définition subjective et personnelle, aussi, j’ai choisi d’exclure d’emblée les courts-métrages.

J’admettrai également que j’ai raté nombre considérable de films dits « importants », tels AMOUR, BEASTS OF THE SOUTHERN WILD, TABU, LEVIATHAN, FAUST, LIKE SOMEONE IN LOVE, VOUS N’AVEZ ENCORE RIEN VU, IT’S SUCH A BEAUTIFUL DAY ou encore ZERO DARK THIRTY…

Je jugerai uniquement des films de 2012, qu’ils soient sortis en salles au Québec ou non.

Voici donc, en ordre décroissant, ce que je juge comme les meilleurs films de 2012:

10. LES MISÉRABLES de Tom Hooper – Royaume-Uni – 157 min.

Ce qui étonne le plus de cette adaptation de la comédie musicale anglaise du roman français classique, c’est l’audace et la prise de risque de Tom Hooper, réalisateur qui a gagné l’Oscar pour un KING’S SPEECH pas mal plus conventionnel. Une brochette d’acteurs surprenants avec comme pilier un Hugh Jackman en grande forme offre un ensemble musical grandiose et farfelu. Hooper propose grâce au grand angle une vision rapprochée et déformée de la révolution française et des amours tragiques de cette bande de MISÉRABLES.

9. LAURENCE ANYWAYS de Xavier Dolan – Canada – 168 min.

Sans doute l’un des films qui a le plus divisé de cette liste, le 3e opus de Xavier Dolan est celui de tous les excès. On l’a abondamment comparé à Almodovar et Wong Kar-wai, il faudra maintenant ajouter la folie Felliniesque au nombre des influences majeures chez l’enfant terrible québécois. Disposant pour la première fois d’un budget important (pour une production franco-canadienne, on s’entend) Dolan est généreux avec cette fresque humaine à la fois pop et kitsch, porté par un Melvil Poupaud inspiré confronté à une Suzanne Clément qui s’en donne à coeur joie. Un film criard et burlesque; un autre film assumé par son jeune créateur qui donne lui-même dans la théâtralité.

8. REALITY de Matteo Garrone – Italie – 116 min.

Voilà un film vu lors du Toronto International Film Festival qui ne cessa de grandir avec moi tout au long de l’année. Plutôt simple, le film est une véritable leçon de mise-en-scène avec ses innombrables plans-séquences sobres où l’acteur Aniello Arena domine facilement l’écran. Est-ce que 2012 est l’année des leaders charismatiques? Dans cette étude de l’ambition et de l’illusion, un jeune homme, propriétaire d’un petit kiosque de poisson, passe une audition pour jouer dans une téléréalité importante du pays. Se convaincant lui-même qu’il est surveillé et étudié, il deviendra accro à la moindre attention et paranoïaque. C’est cette lente transformation dans l’excès et la perte graduelle du sens de la réalité qui est au coeur même de ce film majeur à l’apparence, il est vrai, plutôt simpliste.

7. THE MASTER de Paul Thomas Anderson – États-Unis – 144 min.

Attendu au tournant par tous cinéphile qui se respecte (j’ai d’ailleurs dû attendre la sortie en salles pour le visionner, les projections au TIFF étant toutes complètes), THE MASTER venait avec comme principal handicap le film hallucinant qui le précéda. En effet, THERE WILL BE BLOOD marqua un tournant dans l’oeuvre de Paul Thomas Anderson, qui nous avait jusqu’alors habitué à des mosaïques tonitruantes de personnages colorés, en se concentrant sur un personnage fort. Dans THE MASTER, Anderson poursuit un certain travail approfondi par Jean Rouch; proposant une sorte d’ethnofiction, Anderson tourne les scènes sans vraiment connaître d’avance le résultat probable. Ainsi, il indique à ses acteurs Joaquin Phoenix et Philip Seymour Hoffmann d’apporter leur contribution au personnage, au scénario, le film sera par la suite construit au montage. Une telle liberté apporte d’un côté des scènes inédites et semi-improvisées, mais forcément relègue la structure narrative au second plan. Ici, on laisse deux personnages forts aux antipodes l’un de l’autre s’entrechoquer et s’éloigner. Tels deux aimants positifs, les deux personnages se regardent de loin, mais dès qu’ils sont rapprochés, le conflit est inévitable.

6. ANNA KARENINA de Joe Wright – Royaume-Uni – 129 min.

Pourquoi est-ce que cette production est-elle passée relativement inaperçue reste le plus grand mystère pour moi cette année. Audacieux, moderne, réflexif, intense, surprenant, les superlatifs ne manquent pas pour ce film hallucinant de Joe Wright. Travaillant une fois de plus avec sa muse Keira Knightley, Wright déconstruit l’écran et le roman original afin d’exploiter les artifices cinématographiques et proposer des transitions inédites. Il suffit de voir cette course à cheval qui passe par la scène de théâtre, là où notre protagoniste s’échoie sur les spectateurs pour comprendre toutes les possibilités qu’apporte un tel choix artistique. Le tout rehaussé par un sens visuel et une direction artistique inspirés.

5. MOONRISE KINGDOM de Wes Anderson – États-Unis – 94 min.

Le film-bonbon de l’année. On ne présente plus Wes Anderson, qui compte définitivement sur une horde de fidèles tout comme son lot important de détracteurs. Qu’importe. Sa dernière proposition est tout simplement sa plus réussie. Apportant à son univers féérique (ringard diront les mauvaises langues) une touche d’effets spéciaux empruntés au domaine de l’image par image (l’influence de FANTASTIC MR. FOX se fait ici sentir), et se concentrant cette fois sur les amourettes cruciales d’un jeune couple d’enfants marginaux, Anderson réussit l’exploit de nous surprendre au moindre détour. Un détail ici, la cabane d’enfant, beaucoup trop haut perchée, un sentiment honnête là, le premier baiser d’enfants dansant sur du Françoise Hardy; MOONRISE KINGDOM est un véritable feel good movie, un antidote au cynisme possible envers le cinéma contemporain.

4. THE LAST SUPPER de Lu Chuan – Chine – 120 min.

Si CITY OF LIFE AND DEATH, son précédent film, évoquait le meilleur de Zhang Yimou, THE LAST SUPPER, révélation au TIFF, a plus à voir avec le Kurosawa de l’époque de RASHOMON! D’ailleurs, tout comme lui, il utilise les films d’époque afin de critiquer la société contemporaine. Artiste au sens visuel implacable (comme nombre de ses compatriotes), Lu Chuan est pour moi LE cinéaste chinois de fiction à suivre présentement. Déjà reconnu en Chine, il reste plutôt méconnu en Amérique du Nord. Ce drame traitant de guerre de clans à l’époque de la dynastie Qin, se concentre plutôt sur le rôle effacé des scribes qui déterminent effectivement qui passera à l’Histoire. Également au coeur du film, le rôle trop peu souvent discuté des femmes dans les décisions politiques, économiques et culturelles. Un bijou dramatique qui ose remettre en question le gouvernement chinois et la « vérité historique », ce que trop peu de ses collègues osent faire.

3. IN ANOTHER COUNTRY de Hong Sang-soo – Corée du Sud – 89 min.

Il y a de ces films qui a chaque année sont pour moi ce que j’appelle une double révélation. Révélation d’un film magique, d’une, et surtout d’un auteur, d’un cinéaste dont je n’avais jamais vu le moindre film. Il faut avoir l’humilité de reconnaître que l’on ne peut tout voir, que l’on est jeune, et que oui parfois, nous découvrons des cinéastes, aussi connus soient-ils. Hong Sang-soo donc, c’est un cinéma qui joue avec les formes narratives, un cinéma original et personnel, où le soju coule à flot. C’est aussi un travail de caméra absolument reconnaissable, un travail où les plans-séquences à position fixes sont dynamisés par des zooms et panoramiques semblant improvisés. La caméra se recadre, effectue un montage « sur le pouce ». IN ANOTHER COUNTRY, c’est l’histoire d’Anne, mais aussi d’Anne(s). Anne, c’est Isabelle Hupert. Une cinéaste française connue qui vient rejoindre son amant dans une petite ville coréenne. Fin de l’histoire. L’intérêt n’est pas là. L’intérêt est dans la reprise d’une histoire simple à trois reprises, avec des variations, qui révèleront toute la subtilité du jeu des comédiens. Le réalisateur veut jouer avec vous, et non se jouer DE vous. Voulez-vous vous prêter au jeu?

2. GANGS OF WASSEYPUR d’Anurag Kashyap – Inde – 320 min.

Film fleuve, épique, violent, énergique, coloré, actuel, fondamentalement indien mais pourtant influencé par le cinéma américain, GANGS OF WASSEYPUR est l’épopée sur trois générations de la mafia dans la ville de Wasseypur en Inde. Film épreuve de plus de 5 heures en deux parties, l’énorme plaisir que l’on ressent à son visionnement vient faire oublier sa relative longueur. Pour ceux qui, comme moi, sont très peu familier avec le cinéma indien, qui, il est vrai, s’exporte très peu, le film se veut comme l’anti-Bollywood. Le film s’ouvre sur un plan séquence hallucinant qui commence par un écran de télévision remplissant l’écran de cinéma montrant un vieux soap indien avec des divinités qui chantent. Lentement, la caméra recule et montre une famille indienne typique rivée devant le téléviseur. Puis, la fusillade intense explose. Sans couper, la caméra nous révèle maintenant le gang qui amorce une tentative d’invasion du palais royal. Ces premières minutes nous clouent à notre siège, et les cinq heures suivantes nous maintiennent en extase. Un film à voir d’une traite, comme on se taperait une saison complète de BOARDWALK EMPIRE ou encore les deux premiers GODFATHER l’un après l’autre.

1. HOLY MOTORS de Leos Carax – France – 115 min.

S’il n’y avait qu’un seul film à retenir pour l’année 2012, ce serait pour moi HOLY MOTORS, déjà pour moi l’un des chef-d’oeuvres cinématographiques incontestables du XXIe siècle. Peu familier avec l’oeuvre de Leos Carax (oui je sais…), le film fût une révélation intense comme j’en ai eu si peu dans ma vie. À quand remonte une telle expérience sensorielle et intellectuelle devant un film a priori parfait? La première fois que j’ai vu MULHOLLAND DR. sur grand écran à l’université? La découverte d’UGETSU? Peu importe, le film n’a pas à rougir devant ses monstres consacrés. Ode au 7e Art lui-même, bourré de référence à son propre cinéma, HOLY MOTORS est trop dense, trop riche, et trop merveilleux pour qu’on tente de le décrire, de le capturer en quelques lignes. Comment vous résumerait-on 2001: A SPACE ODYSSEY si vous ne l’aviez toujours pas vu? Ne me lisez pas, ne prenez pas un simple résumé du film comme suffisant. HOLY MOTORS mérite d’être vu, DOIT être vu. Le film fût à l’affiche à Montréal pour quelques semaines, et sortira en DVD le 19 février. Pour le jeu incroyable de Denis Lavant, la vision poétique et mystérieuse de Leos Carax, pour un cinéma audacieux, « pour la beauté du geste ». Pour la beauté du 7e Art.

Pas de documentaires dans mon Top cette année donc, malgré quelques bons visionnements, comme MARLEY, BAD 25, BUZKASHI!, CHINA HEAVYWEIGHT, INDIE GAME: THE MOVIE… Et pour finir, un cinéma québécois en pleine forme malgré ce que les distributeurs et exploitants de salles voudront bien vous faire croire avec le fabuleux REBELLE qui aurait très bien pu faire ma liste, et ces films que je n’ai toujours pas vu comme CAMION, INCH’ALLAH, L’AFFAIRE DUMONT, LA MISE À L’AVEUGLE, etc.

À l’année prochaine, et d’ici là, bon cinéma.

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