Entrevue avec Sion Sono pour The Land of Hope

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8 septembre 2012 par Paul Landriau

sionsonoPaul Landriau: C’était hier la Première Mondiale de THE LAND OF HOPE. Vous aviez promis un questions / réponses mais vous n’étiez pas là! Que s’est-il passé? (Rires)

Sion Sono: (Rires) j’étais tout près. J’attendais que quelqu’un vienne me chercher, mais apparemment ça n’a pas marché!

PL: C’est un film touchant; la vraie surprise vient en fait de l’ambiance très calme. Le tremblement de terre1, la tragédie n’est pas filmé, comme si ce n’était qu’un écho.

SS: Pour montrer l’ampleur de la dévastation, je ne jugeais pas cela nécessaire. Tout le monde a vu ce qui s’est passé à travers les bulletins de nouvelles… Ce que je voulais montrer dans le film est les personnes qui ont survécu et qui devaient faire face à cette problématique; comment vivaient-ils.

PL: Je crois que votre film précédent, HIMIZU, s’attaquait déjà à la rage immédiate qui suivit l’incident.

SS: Oui, en fait, HIMIZU fût filmé immédiatement après les évènements. J’ai complété le film en mai. J’étais encore en état de choc. LAND OF HOPE par contre fût tourné un an plus tard; ayant passé beaucoup de temps à Fukushima pour faire de la recherche je pensais que je devrais mettre l’accent sur la centrale nucléaire plutôt que sur le tsunami. Je devais le faire. C’était une nécessité; j’avais le besoin urgent de faire face à cette problématique.

PL: J’ai lu dans des entrevues que vous planifiez une trilogie. Est-ce que le 3e film sera encore plus distant par rapport aux évènements?

SS: Ce n’est pas tout à fait vrai. Je fais déjà un autre film sur Fukushima, mais cela ne forme pas une trilogie. Je veux faire plusieurs films à propos de Fukushima et de l’incident. Je fais en ce moment deux films simultanément; une comédie d’action et un film sur les incidents du 11 mars. Le premier est du divertissement alors que l’autre est un commentaire social. C’est une balance que j’aimerais conserver en tant que cinéaste.

PL: Vos deux derniers films HIMIZU et celui-ci bénéficient du tournage en extérieurs. Il y a un aspect réaliste qui est palpable dans ces fictions.

Par exemple, une de mes scènes préférées de LAND OF HOPE est la demande en mariage qui a lieu devant une maison complètement détruite. Est-ce que c’est inspiré d’une histoire vraie?

SS: La première moitié du film est plutôt basée sur mes recherches. Il y a vraiment eu un fermier qui s’est suicidé; évidemment, je n’ai pas pu obtenir son témoignage. La seconde partie du film, qui inclut votre scène, est de la fiction.

PL: Une autre scène remarquable est celle où Chieko2, joué par Naoko Otani danse lors d’un festival imaginé dans un champ couvert de neige. Cette scène m’évoque la scène finale de RHAPSODIE EN AOÛT d’Akira Kurosawa, lorsque la grand-mère marche contre la pluie torrentielle.

SS: Oui! Maintenant que vous le mentionnez, je crois me rappeler cette scène.

Ma mère souffre de la même condition en fait. En l’observant, j’ai pensé qu’il y avait des éléments humoristiques que je pouvais ajouter au personnage. Ma mère disait: « rentrons à la maison ». Un jour, j’ai décidé de l’amener à la maison où elle a grandit et son école primaire, mais elle disait que ce n’était pas le bon endroit. C’est alors que j’ai réalisé que l’endroit qu’elle cherchait n’était pas un lieu mais son passé. Dans un sens, elle voulait retourner à ses souvenirs, où je ne peux l’accompagner. J’ai senti que cet épisode faisait partie de cette histoire.

PL: Au japon, on comprend pourquoi, plusieurs personnes tentent d’oublier les évènements, de nier leurs existences. Quelle fût donc l’accueil réservé à HIMIZU, sachant que vous êtes l’un des seuls cinéastes à aborder cette tragédie?

SS: Ma position est que l’on devait faire ce film le plus tôt possible afin de créer un dialogue parmi les japonais concernant les centrales nucléaires. Kaneto Shindo a fait un film, LES ENFANTS D’HIROSHIMA, presque immédiatement après les bombes3. Il y a de ces films qui doivent être fait à tel moment, et HIMIZU fût l’un d’eux.

PL: Vous avez adapté ce film à partir de votre propre roman. Était-ce la première fois que vous procédiez ainsi?

SS: Non en fait le film est venu d’abord. Le roman serait alors l’adaptation. J’ai fais beaucoup de recherche, des voyages prolongés à Fukushima et j’ai parlé à plusieurs survivants et familles de victimes, ce qui m’a conduit à écrire le scénario. Beaucoup d’épisodes du film sont véridiques.

PL: Il y a ces enfants qui récitent « ippo, ippo, ippo » dans le film, ce qui signifie « un pas ». Croyez-vous que le Japon doit se reconstruire un pas à la fois sans se presser?

SS: Oui, vous pouvez prendre ceci comme le message du film. Nous, les japonais, lorsque nous avons grandis économiquement, avons connu une période de croissance extrêmement brusque. Une série d’erreurs a été commise suite à cette montée soudaine de l’économie4, ce qui a éventuellement mené à la catastrophe de la centrale nucléaire. Je crois que nous devons marcher un pas à la fois, sans se presser.

PL: Une rupture de ce film par rapport à vos précédents, du moins ceux disponibles en Amérique du Nord, est que le film se concentre sur les ainés et la famille, alors que HAZARD, HIMIZU ou LOVE EXPOSURE étaient des films sur la jeunesse et les jeunes adultes. Était-ce une décision consciente ou ce fût simplement la façon qu’a évolué le scénario?

SS: La chose la plus triste de cet accident est que les familles furent déchirées et forcées de vivre séparées. C’est ce que j’ai voulu montrer. Ce film parle des liens familiaux.

PL: J’ai une dernière question: Je crois que votre dernière visite à Montréal était en 2007 pour LOVE EXPOSURE, qui est incroyable. Planifiez-vous de revenir bientôt? HIMIZU n’est même pas encore sorti ici!

SS: J’adorerais revenir à Montréal! Je fais deux films en ce moment, dont un film d’action / comédie romantique. Pensez à LA HORDE SAUVAGE qui rencontrerait TUER BILL. Il y a aussi un élément du film de samurai. Je crois que ça serait parfait pour Fantasia! (Rires) Ce serait une bonne raison pour visiter Montréal. Il y aura une explosion de sang! (Rires)

PL: Merci beaucoup.

SS: Arigato gozaimasu.

 

1. Les évènements réfèrent au tremblement de terre du 11 mars 2011 au nord du Japon. Il y eût un énorme tsunami qui a endommagé la centrale nucléaire de Fukushima.

2. Le personnage de Chieko souffre d’Alzheimer.

3. LES ENFANTS D’HIROSHIMA prit l’affiche en 1952 au Japon et fût présenté au Festival de Cannes en 1953 sous un concert d’éloges.

4. Le Japon connût une période dite du « miracle économique » sur une période de 30 ans après la défaite du Japon lors de la Deuxième Guerre Mondiale.

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